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#WTTMTL: Dans la cour des rois

Du haut de leur trône érigé au Centre Bell mardi soir dernier, quinze ans de rap nous contemplaient, et pas n’importe quelles années: les années où le genre a véritablement atteint un statut populaire et rassembleur, après le bouillonnement des fertiles années ’90 qui ont vu naître Jay-Z le rappeur et Kanye West le beatmaker devenu manieur de micro à son tour. Une visite à la cour pour rendre hommage à ces deux géants s’imposait, et personne n’a été déçu, même qu’il y avait un moment qu’on n’avait ressenti autant d’énergie pour un spectacle musical dans le Centre.

Commençons par la fin du concert Watch the Throne, si vous le voulez bien. Cinq fois le succès récent Niggas in Paris, disons en guise de rappel. Peu avant, les dernières grandes bombes respectives de Weezy et Hova, Golddigger et 99 Problems.

L’apothéose, rien de moins, au bout d’une quarantaine de hits balancés en deux heures trente minutes. Pendant ces deux chansons, l’un jouait les hypeman de l’autre. La foule s’est soulevée pour le boogie de Ray Charles repiqué par Kanye. Elle a carrément explosé pendant la ritournelle du musical Annie recyclée par Jay-Z, une interprétation si percutante qu’elle a balayé illico de notre fraîche mémoire le succès précédemment envoyé par son ancien protégé. Un enchaînement fameux pendant lequel les deux stars se donnaient l’accolade musicale; c’eût été l’image parfaite de ce concert-fleuve si seulement chacun d’eux n’avait pas passé la plus grande partie du spectacle dans son coin, à jouer avec ses billes et ses beats.

Moins de six mois après avoir lancé l’album collaboratif Watch the Throne, les deux plus grandes stars du rap – ahem!, deux des plus grandes stars de la pop, point- foulaient les planches du Centre Bell pour offrir un concert généreux et épique, malgré quelques longueurs de part et d’autres… et peut-être plus de la part de Kanye. Son enchaînement autotuné Runaway et Heartless, en soliloque sur sa tour lumineuse, était interminable.

Or, hormis la demi-douzaine de chansons tirées dudit Watch the Throne et les featurings déjà connus (Run This Town, Monster…), c’était tout comme si Kanye et Jay-Z s’était négociés notre garde partagée: t’en enfiles quelques-unes, tu te pousses, c’est à mon tour de leur en mettre plein la vue. Et on répète le manège. Peu de collabos véritablement inédites pendant la soirée, sinon une apparition de Jay-Z à la fin de Diamonds from Sierra Leone – ce que j’aurais aimé entendre Jay-Z plaquer quelques vers sur Can’t Tell Me Nothing, ou voir comme Kanye aurait pu se débrouiller à côté du maître sur U Don’t Know!

De tels duos inédits auraient eu le mérite de souligner la complicité qui les a mené à travailler ensemble depuis plus d’une décennie, jusqu’à ce Watch the Throne (Jay-Z a d’ailleurs remercié « le génie » de son collègue en interprétant deux titres de The Blueprint). ‘Fallait alors se rabattre sur les gros plans des caméras, qui nous permettaient de croquer quelques regards complices, des sourires francs.

D’ailleurs, il y avait quelque chose de symbolique à les voir débuter le spectacle chacun à son extrémité du parterre, sur sa plate-forme qui s’élevait à trois ou quatre mètres dans les airs et dont les parois recouvertes de LED devenaient des écrans. Ç’aurait pu être l’entrée de deux boxeurs dans le Centre Bell, tiens.

Kayne et Jay-Z ont ainsi mis la table avec le matériel de Watch the Throne: H.A.M, Who Gone Stop Me, Otis (descendus de leurs trônes, ensemble sur scène avec un gros drapeau américain en arrière-plan). Plus tard, Jay-Z a pris les affaires en main, enfilant avec l’aplomb qu’on lui connaît ses Where I’m From et Jigga What, du solide. Puis il s’est esquivé en coulisses, laissant toute la place à son cadet, qui a déballé ses grosses Can’t Tell Me Nothing, Flashing Lights (excellente, elle aussi), Jesus Walks et All Falls Down.

Le moment fort a servi de pivot à la mi-concert, alors que, déclinant ensemble sur cette scène minimaliste -  plate-forme, deux immenses écrans LED, seulement trois musiciens accompagnateurs -, les gars ont craché Run This Town, Monster, Power, pour ensuite s’assoir sur les marches et pousser les plus douces Made in America (avec l’intro fabuleuse de Frank Ocean) et New Day. Jay-Z a repris le contrôle en offrant ensuite ses classiques Hard Knock Life et I.Z.Z.O. « Merci de votre accueil, mais là, j’ai envie de vous ramener un peu dans ma ville », a-t-il alors annoncé avant que ne résonne le piano de son Empire State of Mind.

Le souvenir de ce moment restera longtemps.

 

Besoin de vacances mix #2


George Duke – Pluck -Follow the Rainbow

Waka Flocka Flame – Hard in tha Paint (Shlomo’s sit down remix) -Remixes vol.2

Scientist & Prince Jammy – The Princess takes her revenge -Scientist & Jammy Strikes Back!

Geiom – Farski -Island Noise

Nguzunguzu – Wake Sleep -Timesup EP

Jamie XX – Beat For -(single)

The Weekend – The Morning -House of Balloons

Radiohead – Bloom (Harmonic 313 remix) -King of Limbs Remixes

… et pour le rappel, mon premier Besoin de vacances mix:

Osheaga, jour 2: Anna, l’insolation

* 2e d’une série de trois textes sur Osheaga. Le premier est ici*

Bon, on arrive au parc Jean-Drapeau avec notre beau petit plan bien réfléchi, et dès la première collègue qu’on croise dans le métro, tout ça part en vrille. Rien ne sert de se battre contre les éléments (sociaux), faut suivre le courant. On a alors jeté ledit plan et butiné de scène en scène pour enfin être frappé par deux vifs coups de coeur, nos meilleurs concerts de cette journée du samedi de l’édition 2011 d’Osheaga: celui du rappeur de Chicago Lupe Fiasco sur la grande scène de la Montagne, et l’autre, de l’auteure-compositrice-interprète londonienne Anna Calvi. Entre ça, des concerts, des conversations et quelques bonnes bières.

Twin Shadow + Mountain Goats + Egyptrixx

Première escale: sous le stabile de Calder pour revoir Egyptrixx, qui nous avait bien bourré les oreilles à son premier passage à l’Igloofest.

D’abord, on est bien content du réaménagement du site. Vive le Piknic à son endroit naturel sous le stabile, même s’il a parfois souffert de sa position, disons, excentrée. Pour Egyptrix sous le soleil, c’était parfait, et les basses boueuses, les rythmiques langoureuses et les synthés anesthésiants ajoutaient de la moiteur à cet après-midi vacancier.

On a fait quelques aller-retours entre Mountain Goats, scène Verte, et Twin Shadow, scène des Arbres, où était posté le crew du Piknic l’an dernier. Beaucoup mieux aménagée cette année, la scène des Arbres servait aussi d’oasis d’ombre et de pelouse pour les festivaliers qui s’évachaient confortablement entre deux concerts. Bref, si on a fait la girouette entre ces deux scènes voisines, c’est bien parce qu’aucun des deux groupes ne nous a vraiment conquis.

Mountain Goats, vétérans de la scène indie américaine, ont déballé leur folk-rock avec un entrain certain. Mais voilà, nous n’étions pas en phase avec eux. Pas assez de punch en cet après-midi guilleret, des chansons qui ne collent pas aux tympans. Mauvais contexte, se dira-t-on en voulant leur accorder le bénéfice du doute. Retournons plutôt chez Twin Shadow, dont on avait beaucoup apprécié le premier album, Forget, lancé l’automne dernier. Ça y était un peu plus: un rock indé nappé de synthétiseurs, une présence scénique sentie du leader George Lewis Jr. Mais alors? Répétitif. Un groove diffus, loin d’être désagréable, mais qu’on retrouve presque intact d’une chanson à l’autre. Ça manque de variété, ce que la nature même du festival abhorre. On change de scène? (J’espère avoir répondu à ta question, Julien!)

Suuns

Un de mes coups de coeur locaux de la dernière année, Suuns. Suis un fan fini de Led Zep, et j’en reconnais dans le blues bionique de ces Montréalais. Planté sous les arbres de la scène du même nom, gloup-gloup on avale le travail de ces musiciens sans grande technique, reconnaissons-le, mais déjà pourvus d’un son qui les distingue. Or sur scène, Suuns tamise les teintes de blues en soulignant plutôt ses traits électro, industriels et IDM. Lugubre, limite minimaliste, un peu de vieux NIN, de Suicide, mais avec un étrange sens mélodique, discret sous les bruitages et les lignes de basses synthétiques primaires. Pas encore arrivé à maturité, mais néanmoins agréable.

Karwka

Parce que Sia, on s’en balance pas mal, et que DâM-Funk nous a fait perdre de précieuses et silencieuses minutes en essayant de brancher comme du monde ses ordinateurs et séquenceurs, ben voilà qu’on revoit Karkwa en cuisant devant les scènes principales (au fait, je me demande bien de quoi est fait le revêtement du sol? Soulagé de ne plus voir la poussière lever, mais je regarde cette couleur goudronnée et j’ai l’impression qu’on a acheté une fin de stock d’asphalte pour aplanir le parc Jean-Drapeau. M’enfin.)

Solide comme toujours, Karkwa. On les a vu tellement souvent qu’on ne sait plus quoi rajouter à propos du groupe. Disons seulement qu’ils avaient l’air heureux, que la foule était constituée autant de fans que de curieux (on remarque énormément de touristes ontariens et américains à Osheaga), et que le type qui aspergeait la foule avec un canon à eau avait l’air de bien se marrer.

Lupe Fiasco + Death From Above 1979

D’accord avec vous: il est bien mauvais, ce dernier disque (Lasers) de Lupe Fiasco. Mais le concert? Oulà. De la dynamite. Un band rock (guitare, batterie, synthés/basse électronique), une attitude punk, tout de même des succès, avec les meilleurs extraits tirés de The Cool et Food & Liquor, classiques modernes d’un hip hop américain aux idées larges.

Une petite heure au gros soleil sur la scène de la Montagne avec Fiasco qui nous a requinqués solide. Section rythmique d’acier, un groove entre rap et rock à faire décoller les tatouages du Lil’Wayne-à-guitare de Rebirth, et, à notre émerveillement, de vrais de vrais fans qui chantaient/rappaient avec lui les Kick, Push, Superstar ou encore The Show Goes On, entre autres de ses mieux connues. Accompagnant cette prestation galvanisée, un discours socio-politique cinglant de la part de cet artiste qui n’a pas eu la langue dans sa poche à propos de GWB et qui, encore aujourd’hui, ne se gêne pas pour taper sur le clou d’Obama. Ses railleries à propos des États-Unis étaient particulièrement musclées, alors qu’il dénonçait le racisme et l’enflure de la population carcérale.

Pour nous faire attendre DFA79, c’était impeccable. Le duo torontois a ensuite pris la scène de la Rivière alors que, devant eux, un pain de fans impatients compressaient les clôtures de sécurité. Grainger et Keeler ont fait beaucoup de bruit, et l’ont fait à vitesse maximale, piochant d’emblée dans Turn it Out comme on donne un coup de point sur le verre de la sonnette d’alarme quand y’a début d’incendie. Ces premières 20 minutes  étaient chouettes, mais là, excusez-moi, faut que je quitte, j’ai un rendez-vous galant sous les arbres…

Anna Calvi

Ne le dites pas à ma blonde, mais en me couchant hier soir, je voyais encore le bleu des yeux d’Anna Calvi. C’est dire, d’abord, combien elle a fait belle première impression, et ensuite combien trop peu de gens ont pris le temps d’aller voir son travail, j’ai pu m’approcher si près de la scène que j’ai cru un instant qu’elle ne jouait que pour moi seul…

Plus sérieusement, on a  eu quarante riches minutes musicales, et tous présents devant la scène des Arbres en auraient pris soixante de plus. Le buzz, ce n’est pas de la frime. Elle chante aussi bien sur disque que sur scène – une voix que tous et leurs mères ont comparé à celle de Siouxie Sioux, j’ajoute cette fois des références à Dusty Springfield, pour le tragique qu’elle expulse dans ses chansons, et Shirley Bassey, pour certaines chansons plus langoureuses. En plus, sur scène, avec sa blouse rouge et ses pantalons haut-de-taille noirs, les cheveux nattés et le mascara charbonneux, elle dégage une force et une sensualité qui nous fait fondre plus que le soleil qui darde le parc Jean-Drapeau en ce week-end parfait.

À la guitare, c’est encore plus éblouissant que sur disque. À ses côtés, un batteur et une percussionniste/harmoniumiciste (ça se dit, ça, pour quelqu’un qui joue de l’harmonium?), et elle, impériale avec sa Telecaster qu’elle dompte ou fait rugir selon ce que commande les compositions. Entre lesquelles s’est notamment glissée la vieille Surrender d’Elvis Presley, et c’était suave à souhaits. Au jeu des premières rencontres, Calvi s’en sera infiniment mieux tirée que Janelle Monae.

Et je n’en dirai pas davantage juste pour vous donner appétit. Elle reviendra, c’est sûr.

Ratatat + Girl Unit + Elvis Costello (over & out)

Petites observations sur ma fin de soirée.

1) Après DFA’79, tout le monde s’est poussé en direction de Ratatat. De deux choses, l’une: Bright Eyes sur la grosse scène de la Montagne a drainé moins de gens. Mauvais alignements des étoiles pop, ici. Ensuite, je savais qu’on aimait Ratatat, mais à ce point qu’il n’y avait strictement personne du côté de Robot Koch? J’imagine que tout le monde a pris sa pause-poutine en même temps…

2) Elvis Costello & The Imposters en tête d’affiche du samedi fut, à l’évidence de ce public clairsemé (restons polis), une bien faible idée. Mais ne jetez pas trop vite la pierre à Evenko. Elvis ne devait même pas être le plan B de l’équipe de programmation. Ni même le C. Plus le W – et ça, c’est inquiétant, nous y reviendrons à l’heure des bilans demain.

Des noms ont circulé depuis des mois. Rumeurs, plusieurs sans doutes fondées, sur les têtes d’affiches de l’édition 2011 d’Osheaga. Assurément, Evenko a tout fait pour trouver mieux – pas sur le stricte point de vue musical, on s’entend, Costello est tout de même un vétéran de valeur (et son concert, bien rock, bardé de classique, était franchement bon), mais dont la valeur est plus grande pour les mélomanes d’une ou deux générations derrière la mienne. Il n’était pas à sa place à Osheaga comme auraient pu l’être (restons chez les vétérans) The Jesus & Mary Chain ou My Bloody Valentine, pour évoquer les souhaits d’un ami mélomane avec qui j’ai partagé une bière hier. En réalité, l’affiche de ce samedi soir était la meilleure qu’Evenko pouvait alors concocter, that’s it.

3) Ça manque d’eau sur le site. Je veux dire: d’endroits où aller acheter des bouteilles d’eau. Faut chercher et ça, à 35 degrés à l’ombre, c’est pas commode. Alors, pour vous éviter de tourner en rond, sachez que du côté du Piknic, on les vends 4,oo$ et que c’est le moins cher que j’ai trouvé à Osheaga. Ensuite pour les remplir, en quittant le stabile de Calder, prenez le pavé direction, disons, le métro, et dix pas, sur votre droite, y’a une rangée d’abrevoirs.

N’oubliez pas de vous hydrater, les amis. La crème solaire, c’est pas con non plus comme idée. Allez, on se retrouve là-bas.

Osheaga, jour 1: Janelle, reviens!

*Premier d’une série de trois survols du dernier grand festival musical montréalais de la belle saison, Osheaga.

Jazmin Million

Pris par le boulot, suis arrivé tard sur le site, à la hâte, ne voulant pas manquer l’une des performances les plus attendues de cette édition 2011 du festival – que dis-je, l’une des plus attendues depuis l’hiver 2010! -, celle de la jeune surdouée de la pop afro-américaine, Janelle Monae. Dès ma sortie du métro de l’île, je savais que je ne louperais rien, que j’étais au parc Jean-Drapeau, mais que je n’étais surtout pas à Osheaga…

Car, en croisant des collègues peu avant le concert de Monae, j’apprenais qu’on avait vendu en pré-vente plus de billets pour cette première soirée du vendredi osheagesque que pour les journées du samedi et du dimanche mises ensemble. Les premiers chiffres officiels indiquent aussi que près de 80 000 entrées avaient été vendues (à date d’hier soir) pour la durée de l’événement – faites le calcul, on peut estimer à plus ou moins 45 000 spectateurs s’étant déplacés pour ce seul vendredi soir. Or, à vue d’oeil, 44 500 étaient là pour Eminem, et que pour lui. Timber Timber? Broken Social Scene? Ces pauvres Bran Van 3000 qui se démenaient un peu tout croche (pardonnez du pléonasme…) avant Janelle? Rien à branler. Ce n’était pas la foule habituelle d’Osheaga, c’était un public de fans de Shady, totalement extatique de pouvoir enfin voir celui qui n’était pas venu chez nous depuis 11 ans (rappel: la dernière fois, c’était au Centre Bell, en première partie de Limp Bizkit…).

En clair, la pauvre Janelle n’a pas reçu l’accueil montréalais qui lui était dû. Et nous, fans, qui la voyions pour la première fois, sommes restés sur notre faim. Frustrés de mesurer combien cette artiste sait (déjà) en mettre plein la vue, alors qu’il y eut trop peu à voir – avec le jour qui tombait derrière la scène, on distinguait mal l’action, les écrans géants la rendaient mal – et à entendre – sono pas fameuse pour la première moitié de son spectacle. Zut et re-zut.

Ah!, ce qu’on donnerait pour la voir au Métropolis! Imaginez la scène: section de cordes, petite section de cuivres (trompette et trombone), batteur et percussionniste, choristes vêtues vraisemblablement par le styliste de Sun Ra, le reste de cet orchestre solide à l’os, et Janelle, impériale, qui invoque James Brown de la tête aux pieds qu’elle a d’agiles. Cette manière qu’elle a de bouger sur scène, toujours sur le rythme, frétillante et entraînante, c’était particulièrement patent pendant son succès Tightrope, un hommage au Godfather of Soul autant dans les arrangements funk bruts que dans cette façon autoritaire dont elle commande son orchestre.

Débutant avec les arrangements orchestraux de Suite II Overture – la première chanson de son excellent premier album-concept, The Archandroid (Suites II & III) -, Monae a malaxé les genres, pop, rock, soul, r&b, hip hop, funk, pressant son répertoire en une trop petite heure, malgré l’accueil froid de la foule et les problèmes de son (problèmes de retour, notamment, elle avait un peu de mal à s’entendre et garder la note juste). En vrai pro, elle a tout de même offert une bonne performance, mais ne s’adressait pas à la foule, qui préférait discuter et faire des provisions de bières en attendant Slim Shady…

Entre ses propres chansons, elle reprend de brillante manière Stevie Wonder (My Cherie Amour) et Michael Jackson (fameuse version de I Want You Back, le timbre de voix de Monae évoquant même celui du jeune Jackson!). Quelques effets de mise en scène viennent colorer la performance – on lui apporte des capes, pendant l’épique Mushroom & Roses, elle chante en peignant une toile avec un gros pinceau -, mais le clou est arrivé pendant l’enchaînement de ses deux plus grosses chansons, Cold War et cette Tightrope que tous connaissent sans savoir qui chante à cause de cette pub de Chevrolet Cruize qui passe en boucle à la télé.

C’était l’espoir d’un concert magistral s’il avait été présenté dans de meilleures conditions, devant de vrais fans, et sans contraintes d’horaires. Ç’aurait même sans doute été meilleur si le concert avait été présenté aujourd’hui ou demain, devant un autre type de public. Faut la réinviter. D’urgence.

Mais pour les 44 500 autres spectateurs, le plat de résistance allait être bientôt servi. En faisant abstraction des irritants problèmes de microphone, ils n’ont pas été déçus: Eminem nous conviait à être témoins de son « rétablissement » – « Recovery », comme le titre de l’album récent qui l’a ramené au sommet des palmarès. Un retour à petits pas: le rappeur de Détroit n’offrait que trois spectacles, sans doute le prélude à une vraie tournée mondiale (on gage sur son retour au Centre Bell bientôt?). Sans doute? La performance qu’il a offert était béton. Vingt-quatre chansons en 90 minutes, plusieurs tirées de Recovery mais les classiques ne manquaient pas, et, surtout, la tangible impression que le type avait l’appétit de la scène. Hargneux, énergique, il a haché ses rimes avec le style mitraillette qui a fait sa renommée.

Reste que les soucis de microphone ont en partie gâché notre plaisir.  Ça a duré pendant presque tout le concert: parfois, lorsqu’il chantait/rappait, aucun son ne se rendait jusqu’à nous; pendant l’accrocheuse et récente No Love, un duo avec Lil’Wayne (dont il a salué le retour à la liberté) sur un sampling de What is Love de Haddaway, c’est tout comme si Em était muet! Et on avait pourtant fait un test de son de deux heures! Les premières minutes, ça va. À la moitié du spectacle, ça va faire.

Les Montréalais ont été bon public et remplissaient le vide en récitant les rimes sur les titres les plus connus – Square Dance du The Eminem Show offerte en troisième, Kill You deux titres plus tard, Cleanin’ Out my Closet et l’énorme The Way i Am peu après…  Son collègue de Détroit Royce da 5’9 » est apparu pour deux chansons (on n’a rien entendu de sa première, Fast Lane), puis Eminem a enchaîné d’autres classiques sur le mode ballade, Stan, Sing for the Moment, Toy Soldier. La finale a foudroyé la foule : medley des incontournables My Name Is, The Real Slim Shady, Without Me, puis Not Afraid et, au rappel, Lose Yourself.

La suite de ce survol, demain.

Photo: Jazmin Million – sa galerie Flickr

Mes 2 cents sur U2

Ce concert de U2 vendredi soir? Pas le meilleur qu’il m’ait été donné de voir, pas aussi bon que le Zoo TV Tour (23 mars 1993) ou l’un des concerts que j’ai vu du Elevation Tour (2001), mais lâchons quand même le mot, et pardonnez du peu: épique.

Pouvait-il en être autrement, avec tant de hits, après une si longue attente, avec ces moyens gigantesques déployés pour assurer la réussite de cette tournée record? Le 360° Tour de U2 s’amenait enfin dans toute sa démesure à l’Hippodrome Blue Bonnets, avec une couche de gras additionnelle. Il n’y avait pas de stade, que de la poussière et du gravier et, hop!, en près de deux mois, stade il y eut, lequel peut accueillir 80 000 fans. La démesure d’un stade éphémère – j’aime l’image du collègue Cassivi, « Une ville dans une ville » -, pour le plus grand groupe rock au monde (observation quantitative, pas qualitative), pour les meilleurs fans au monde (ça, c’est qualitatif).

Tout ce cirque s’est pourtant terminé comme il a commencé, c’est à dire bien mal. Et on ne parle pas du trajet de deux heures qu’il nous a fallu endurer pour arriver à destination, c’était même assez rigolo pour qui n’est pas trop claustro/agoraphobe.  Plutôt des torrents d’averse… et de Interpol. Soporifique, ce dernier. Pas un choix judicieux, si on les embauchait pour réchauffer la foule et lancer le bal. Quant à la météo, saluons néanmoins son timing: pendant With or Without You (2e rappel), splouche!, une grosse goutte solitaire échouait sur mon avant-bras. Ah tiens!, il allait donc peut-être pleuvoir… Or, c’est sur la toute dernière note de Moment of Surrender, au moment ou la bande à Bono retournait à sa loge, que le déluge fut. Y’a pas de mots polis pour le dire: on en a mangé une ciboire.

Entre les deux, un show solide dont on s’extrait galvanisé (et humide), un show cependant déséquilibré au plan du choix des chansons. U2 a donné son meilleur sur les deux premiers tiers; sur le dernier, l’énergie s’est un peu estompée à cause de ces chansons moins mémorables, les City of Blinding Lights (toutefois accompagnée d’une des plus belles séquences visuelles de la soirée, ci-contre), Vertigo, I’ll Go Crazy if I Don’t Go Crazy Tonight puis, après le sursaut de Sunday Bloody Sunday, une finale anti-climax avec Scarlet et Walk On (j’ajoute que je me serais aussi passé de la Bat-toune Hold Me, Thrill Me, Kiss Me, Kill Me au 2e rappel). En contre-partie, j’étais particulièrement ravi de réentendre live la très krautrock Zooropa.

Mais la montée du début, ouh là là… Bon flash de démarrer avec Space Oddity, tout indiqué pour ce décor surréaliste des estrades métalliques et de la fameuse pince – « The Claw » – à quatre pattes qui sert à la fois de scène et de décor. D’où qu’on se trouvait (j’étais à 20 pieds de la passerelle au parterre, puis tout au fond lors des rappels), on ne manquait absolument rien. L’effet de proximité était réussi en dépit de l’immensité des lieux puisque, toute imposante qu’est la pince, elle donne l’illusion d’être petite ainsi encerclée par 80 000 fans. L’écran LED en accordéon est aussi une sacrée réussite technologique qui permet à tous les fans de se sentir un peu plus près des musiciens.

Bref, le groupe a d’emblée foncé dans le tas de ses succès en enfilant quatre chansons d’Achtung Baby: Even Better Than The Real Ting, The Fly, Mysterious Ways et Until the End of the World, une de mes préférées du répertoire youtooesque. La sono s’est ajustée pendant Mysterious Ways, et est demeurée irréprochable jusqu’à la fin – c’est l’autre avantage du stade éphémère sur les stades de foot monstres d’Europe ou des USA: aucune parois sur laquelle l’onde aurait le malheur de réverbérer. Un son clair et net.

Comme à chaque tournée, les arrangements ont été revus, généralement en harmonie avec la facture du récent album (ici, No Line on the Horizon, dont trois chansons ont été interprétées). S’il est un euphémisme de souligner le côté ambiant du jeu de The Edge, sur ces chansons d’Achtung Baby, c’était limite minimaliste – et pas désagréable du tout. En revanche, sa ligne mélodique, une guitare électrique bien assise et répétitive (autre euphémisme), pour One (1er rappel) nétait pas très réussie.

Bono était visiblement heureux d’être ravi d’être devant ce public de « Québécois! Quelle belle gang! », s’est-il plu à répéter durant cette soirée de près de 2h15 mins. Il a parlé français pendant presque toute la durée du spectacle, tant et si bien qu’on sous-titrait (très mal, au demeurant, c’en était grotesque) à l’écran ses courts laïus. Certains très drôles, comme lorsqu’il a tourné en gentille dérision la tournée canadienne du couple princier. Après avoir présenté ses collègues (The Edge était affublé du titre de « vrai Prince de Galles »), il s’est qualifié de « chien royal – a corgi »! Plus important encore, Bono avait la voix hier, ne faussant presque pas – seulement un peu pendant le moment de grâce acoustique Stay (Faraway, So Close!) et Miss Sarajevo. Tout le contraire du concert de la tournée Vertigo que j’ai vu, alors que Bono chantait comme un minet de ruelle…

Le moment-frisson de la soirée est justement survenu après Stay (Faraway, So Close!). Bono a dédié la prochaine chanson à la représentante démocrate Gabrielle Gifford et, oui, sur le coup, en regardant l’écran LED se transformer en planète Terre, on entrevoyait le moment chiant preacher racoleur de la soirée. Jusqu’à ce qu’on voit apparaître à l’écran son mari d’astronaute Mark Kelly, posté en orbite, saluer Montréal et annoncer Beautiful Day – la dernière grande chanson de U2, à mon humble avis. Pendant le bridge de la dite chanson, on a synchronisé un message de Kelly qui salue son amoureuse en citant Space Oddity:  » And I think my spaceship knows which way to go, Tell my wife I love her very much, she knows… » Ouf! Bono a terminé la chanson en chantonnant Bowie. Fameux.

Si vous y allez (ou y retournez) ce soir, prenez d’abord votre mal en patience. Les trois stations de métro entre Snowdon et Namur vont aiguiser votre tolérance envers votre prochain. Apportez une bouteille d’eau, on ne vous la confisquera pas à l’entrée, mais on vous enlèvera son bouchon. Si vous êtes au parterre, choisir de louper la toute dernière chanson du dernier rappel raccourcira votre retour à la maison de 2h. Bon show!

 

Setlist:

  1. Space Oddity
    (David Bowie song) (Intro music)
  2. (Remix version)
  3. (with « Tryin’ to Throw Your … more)
  4. (with « Anthem » and « Where Have … more)
  5. (with « The Promised Land » snippet)
  6. (with « Space Oddity » snippet)
  7. (with « My Kind Of Town » snippet)
  8. (Remix version, with « Miss You »… more)
  9. (with « You’ll Never Walk Alone » snippet)
  10. Encore:
  11. (with « Will You Still Love Me Tomorrow? » snippet)
  12. Encore 2:

32e gala de l’ADISQ: prédictions

C’est mon tour au jeu des prédictions des gagnants du gala de l’ADISQ, diffusé ce soir à la SRC. Onze catégories, ainsi déclinées: une mention pour l’artiste que j’aimerais voir gagner (coup de coeur), une autre pour deviner qui devrait l’emporter (prévision). Cliquer sur le titre des catégories vous enverra sur le site de l’ADISQ détaillant toutes les mises en nominations, et pour télécharger le .pdf, c’est par ici (clic droit+sauvegarder)

Album de l’année – Folk contemporain

-coup de coeur: Un Toi dans ma tête, Luc de la Rochellière

-prévision: Silence, Fred Pellerin

J’en discutais hier soir avec un ami: Un Toi dans ma tête, mis cinq fois en nomination cette saison, est l’un des meilleurs albums québécois de l’année survolée par le gala de l’ADISQ. Lui, mélomane avisé sur le produit local, n’en avait pas entendu une note. Combien d’exemplaires vendus? Beaucoup moins que du Silence de Fred Pellerin, déjà récipiendaire du Félix Album de l’année – Traditionnel [correction: ce n'est pas Fred, mais son frère Nicolas qui a remporté le trophée. Merci à la vigilence de @chroniquestrad !]. Pas un mauvais album en soi, ce Silence, mais le poids des ventes risque fort de faire de l’ombre à Un Toi dans ma tête, qui mériterait d’une tribune comme celle du gala pour qu’on le découvre et le reconnaisse à sa juste valeur. Ah!, au fait: voulez-vous bien me dire ce que l’Homme autonome de Damien Robitaille vient faire dans la catégorie Folk contemporain?

Album de l’année – Pop-rock

-coup de coeur: Traces, Dumas

-prévision: Nous, Daniel Bélanger

On a beau souligner à nouveau que les catégories d’albums Pop, Pop-rock et Rock sont à toutes fins interchangeables, la liste des nominations pour l’Album de l’année – Pop-rock est loin d’être triste – c’est sûrement la plus intéressante des catégories d’albums de la soirée. Le coeur penche pour Dumas, autant pour la démarche que pour le résultat de celle-ci, mais on pressent le fédérateur Daniel Bélanger pour coiffer les quatre autres au poteau.

Album de l’année – Rock

-coup de coeur: Requiem pour les sourds, Vulgaires Machins

-prévision: Dans mon corps, Les Trois Accords

J’ai peur. Et si Marjo ou Marie-Mai volait le trophée? Très concevable. Deux concurrents me paraissent cependant s’élever du lot: le coup de coeur Vulgaires Machins, pour Requiem pour les sourds (ne serait-il pas joli de les voir monter chercher leur Félix alors qu’on entend Parasite jouer derrière? Sweet sweet irony…), et Les Trois Accords, que je donne gagnants pour Dans mon corps. Bref, s’il y a une justice en ce bas monde, ce sera la catégorie Indica, qui a aussi glissé le Bushido de Xavier Caféïne dans le top 5.

Auteur ou compositeur de l’année

-coup de coeur: Luc de la Rochellière

-prévision: Luc de la Rochellière

Alors là, je vais me fermer les yeux au moment de lire le petit carton dans l’enveloppe. Si Luc de la Rochellière l’échappe, ce sera la commotion chez les amis de la chanson. Luc est, de très loin, le plus talentueux des cinq nominations, qu’il faut détailler simplement pour souligner combien la compétition est faible cette année. Bien sûr qu’on aime bien le travail de Damien Robitaille, Radio Radio, les Trois Accords et Moran (dans cet ordre de préférence), mais les textes suavement naïfs du premier, les colorés régionalismes des seconds, l’absurde assumé des troisièmes et la poésie candide du dernier n’arrivent pas (encore) à la cheville de la plume de Luc. Y’a même pas photo. Luc de la Rochellière a remporté une fois le Félix Auteur-compositeur-interprète de l’année (en 1989) et a été mis en nomination deux autres fois dans cette catégorie.

Chanson populaire de l’année

-coup de coeur: Reste, Daniel Bélanger

-prévision: Recommancer tout à zéro, William Deslauriers

Alors, là, c’est le wild guess. Je n’écoute pas assez les radios pour pouvoir faire une prédiction éclairée sur la chanson qui remportera la faveur populaire. Coup de coeur pour Reste, une des meilleurs du dernier Bélanger, mais je suis prêt à miser un vieux deux sur l’Académicien, récipiendaire de la pire pochette de disque de l’année.

Groupe de l’année

-coup de coeur: Karkwa

-prévision: Karkwa

Ça me parait l’évidence même: après la riche année que les musiciens viennent de passer, le Félix du Groupe de l’année leur revient de droit. Le processus pourrait brouiller les pistes: cette catégorie étant désormais soumise au vote populaire, elle constituera une sorte de référendum sur la portée réelle (lire: hors du cercle des mélomanes des grands centres) de Karkwa. J’accorde alors une solide chance aux Trois Accords. Notons par ailleurs la prévisibilité de cette catégorie; rien en soi à reprocher à Mes Aïeux, les Cowboys Fringants ou les Trois Accords, mais ça manque cruellement de relève dans la ligue de l’ADISQ…

Interprète féminine de l’année

-coup de coeur: Coeur de Pirate

-prévision: Ginette Reno

Une solide catégorie, faut-il admettre. Coeur de Pirate mériterait la statuette, mais par la force du vote populaire devrait pencher en faveur de Ginette Reno, le Gibraltar de la chanson populaire d’ici…

Interprète masculin de l’année

-coup de coeur: Yann Perreau

-prévision: Maxime Landry

Tiens, pas de Nicolas Ciccone ici? Une sélection nettement moins intéressante que son penchant féminin. Coup de coeur pour Yann Perreau, mais que peut-il contre Maxime Landry, le charmeur de ces madames?

Révélation de l’année

-coup de coeur: Bernard Adamus

-prévision: Maxime Landry

Pas un grand cru que la catégorie Révélation de l’année… telle que cernée par l’ADISQ. Écartelée entre Marc Hervieux et Bernard Adamus, je ne crois pas qu’elle témoigne de la diversité du paysage musical québécois, comme l’a justifié quelqu’un de l’ADISQ dans un papier récemment (désolé, je ne me souviens plus où j’ai lu ça), plutôt de l’incohérence du processus de mise en nomination. Exemple: j’adore Galant tu perds ton temps. Vraiment. Mais en quoi seraient-elles des Révélations de l’année? Et Marc Hervieux? Parce qu’il pousse désormais la note pop, après vingt ans d’opéra? Bref, la vraie, l’authentique révélation de l’année, c’est Bernard Adamus. Il perdra face à Maxime Landry, pour toutes les mauvaises raisons que vous voudrez, en espérant que je me trompe.

Spectacle de l’année – auteur-compositeur-interprète

-coup de coeur: Yann Perreau

-prévision: Damien Robitaille

Très belle catégorie. Détaillons: les concerts de Marie-Pierre Arthur que j’ai vus étaient agréables, mais approximatifs sur le plan de l’exécution. Manque de raffinement, manque d’expérience, surtout, il y avait place à amélioration. Coeur de Pirate? Elle s’est considérablement améliorée depuis ses premières scènes, et pour l’avoir vu en Europe, ce spectacle magnétise. Pourtant, sa présence scénique me paraît désincarnée et, oui, son articulation famélique me décourage. Pas (encore) pour elle, ce Félix. Luc de la Rochellière a donné un concert magnifique dans la foulée de Un Toi dans ma tête, un concert que je vous invite à voir, et voilà la faille: je crains qu’on ne l’ait assez vu. Mon coup de coeur revient plutôt à Yann Perreau, bête de scène incarnée qui a cette fois un répertoire béton à offrir. Franchement, je ne sais pas vraiment pourquoi je donne Damien gagnant. Parce que je suis un fan, ou parce que ses concerts sont charmants et drôles, ou parce que j’aimerais bien qu’il gagne un prix en ondes, juste pour entendre son discours de remerciements? Vincent Vallières pourrait surprendre, ce type-là tourne sans arrêt, il est aussi d’une grande générosité en spectacle.

Spectacle de l’année – interprète

-coup de coeur: 12 Hommes Rapaillés

-prévision: Les Belles-soeurs

Catégorie pour le moins intéressante, à cause de la présence de deux remarquables et originales productions. J’ai tendance à croire à une lutte à deux, même si Ginette Reno pourrait être la seule à leur barrer la route. Je préfère les chansons composées à partir des textes de Miron, mais je salue l’audace et la très haute tenue du projet Les Belles-soeurs.

De rap et de piratage…

Béatrice Martin a bien sûr droit à ses opinions – tout autant que Manu Militari -  à moins, dans ce cas-ci, que ceux-ci ne soient pas éclairés. Ainsi, j’ose croire qu’elle a écouté tous les albums mis en nomination dans la catégorie hip-hop avant d’affirmer que Radio Radio a commis le meilleur de sa classe. La principale intéressée revient d’ailleurs sur sa déclaration ici, et semble justifier sa sortie en réaction aux remerciements (acidulés et remarqués, c’est le cas de le dire) du rappeur.

Reste que Coeur de Pirate a raté la cible, deux fois plutôt qu’une.

D’abord, quant à la catégorie hip-hop: de toutes les mises en nominations de l’édition 2010 du gala/autre gala de l’ADISQ, cette catégorie compte parmi les mieux équilibrées, les plus représentatives de la scène qu’elles visent à récompenser. On peut déplorer d’absence de certains artistes, on peut aussi préférer Radio Radio au récipiendaire (j’ai personnellement défendu à Musique Plus la nomination de Dramatik), reste que les cinq artistes avaient leur place dans cette liste (si si, même Sir Pathétik…).

Une vraie belle short list, costaude côté qualité. Je suis ravi que Manu Militari (autrefois mis en nomination dans la catégorie auteur-compositeur-interprète de l’année) ait mis la main sur le prix, et j’aurais tout autant applaudi les gars de Radio Radio s’ils l’avaient remporté. J’ai l’intuition que la division des votes entre Radio Radio et Sir Pathétik, combiné à l’avantage commercial de ce dernier (25% de la note est attribuée aux ventes de l’album) a permis à Manu de se glisser en tête. Bref, qu’importe qui gagnait, ici, la course devait être serrée.  À mon sens, puisqu’en critiquant un récipiendaire, on vise aussi le processus (i.e. l’organisation du gala de l’ADISQ), tirer sur le gagnant de la catégorie d’album hip-hop, c’est gaspiller une cartouche.

Or, c’est justement parce qu’il y avait d’autres incongruités dans les récipiendaires d’hier soir que Béatrice Martin a doublement manqué son coup. Pourquoi railler le gagnant d’une catégorie bien représentée pendant qu’on décerne le prix de l’Album de l’année – anglophone à Bobby Bazini et l’Album de l’année – country à Pat et ses Bas Blancs? Je salue Béatrice Martin d’avoir le courage de ses opinions (même si celles-ci ne semblent pas avoir été motivées pour les bonnes raisons, à en lire son explication de ce matin), mais je regrette que personne n’ait emboîté le pas pour relever ces remises de prix qui discréditent l’exercice.

À la décharge de l’organisation du gala, il faudra voir comment on remédiera à la situation (dans la catégorie country, en tous cas, puisque rien de bougera du côté anglo, et on rira bien les derniers l’an prochain lorsque ce sera silence radio à l’ADISQ à propos d’Arcade Fire…), en espérant qu’on agisse comme on l’a fait lorsqu’un comédien travesti en crooner avait volé le Félix Album de l’année – jazz, soulevant l’ire de la scène québécoise (on a créé une nouvelle catégorie Album jazz-interprétation).

Musique libre du jeudi (en retard…)

À la recommandation de l’ami Michel Dumais, je prendrai l’habitude (lorsque le temps me le permettra, et permettez-moi déjà ce premier retard) d’afficher ici les chansons que je lui recommande hebdomadairement depuis presque trois ans déjà.

Récapitulons: Michel anime, tous les jeudis, 13h, sur CIBL 101,5 FM, l’émission Le Citoyen Numérique (« Au coeur des technologies, le citoyen »), excellente émission radiophonique traitant des enjeux relatifs aux nouvelles technologies qui marquent la société – une émission, dis-je en passant et avec parti-pris, qui remplit admirablement bien le mandat d’information de cette CIBL que j’aime tant, et qui manque tout autant à la grille de programmation des grands médias.

Bref, depuis presque trois ans, je recommande – plutôt, j’impose…- une brève sélection de musiques dites « libres », c’est à dire qu’elles sont enregistrées par des artistes qui souscrivent à la licence Creative Commons (« Certains droits réservés »), ou qui choisissent librement de la partager, gratuitement, aux internautes mélomanes. C’est cette sélection de trois chansons que j’entends vous relayer ici, à tous les jeudis ou presque. Here goes:

1) Magic Wand – Warrior (The XX remix)

D’abord, la source. RCRDLBL.com est une indispensable mine d’or de (plus ou moins) bonnes tounes. La plate-forme, fondée par un des patrons de Endgadget et un autre du label Downtown Records, est une sorte de buffet ouvert sur l’indie qui cherche à se vendre. Comme dans tout bon buffet, on en prend et on en laisse. Reste que RCRDLBL a sa propre ligne éditoriale, si on peut dire, et fait preuve d’assez bon goût. De plus en plus de bons artistes choisissent d’y déposer des chansons en avant-première de la parution de leurs disques. Dit autrement, ça vaut la peine d’aller y faire un tour, plusieurs fois par semaine. Ces dernières heures, The Besnard Lakes, Gorillaz, Mobius Band, Bonobo et Miike Snow y ont offert des mp3. Ça donne bonne mine à votre iPod.

Magic Wand, donc. Jeune duo indie pop, pas encore d’album, mais un sacré beau coup de pouce de The XX, qui remixe sa chanson Warrior. Évidemment, on télécharge pour The XX. Quant à Magic Wand, on attendra l’album pour se faire une idée.

2) Die Antwoord – Fishpaste Jar

Aaah… Die Antwoord. S’il faut être d’actualité, impossible de passer outre le phénomène web musical de la semaine, le trio crunk/rave/rap sud-africain Die Antwoord. BoingBoing a d’abord attaché le grelot sur ces prétendus rednecks de Capetown (on dit « Zef », là-bas…), la blogosphère a vite pris le relai, Pitchfork a fait un efficace résumé de cette bibite. En résumé: un grand maigre et mal tatoué, le Ninja, vétéran de la scène hip hop sud-africaine, vient de trouver le bon filon en s’associant au producer DJ Hi-Tek (le nom avait déjà été pris, mais c’est pas grave) et à la cute et vulgaire Yo-Landi Vi$$a. Ça donne des chansons débiles et addictives comme Enter the Ninja, qui a été visionnée plus d’un millions de fois sur YouTube en, genre, une semaine. Fish Paste est offerte gratuitement en téléchargement sur leur site web. Le trio, dont on questionne l’authenticité, se magasine un label pour lancer ce premier album, qui s’échange déjà sous le manteau…

3) Derrick Hart – Emporia

Ambiant music, fort bien faite. Du pur Creative Commons. Offert sur un label à bookmarker: RestingBell.net, basé à Berlin.

Dans le merveilleux monde des netlabels, la musique électroniques est reine. Y’en a treize à la douzaine, mais la majorité sont d’une fraîcheur discutable. RestingBell n’a que du bon à offrir aux amateurs de musique ambiant/avant-garde. L’Américain Derrick Hart offre un EP de cinq titres, Fall Asleep To This, dont la facture sonore évoque celle de Susumu Yokota: les textures granuleuses, les voix trafiquées et assemblées, les mélodies imposées plus que suggérées. Très agréable.

Sur ce, je vous invite à repasser jeudi prochain (ou vendredi, ou samedi…). Bonne écoute!

À vendre: Abbey Road Studios (version intégrale)

Publié aujourd’hui dans La Presse/Cyberpresse, papier sur les déboires d’EMI/Terra Firma, ici en version intégrale.

Les studios Abbey Road, probablement les plus mythiques studios d’enregistrement au monde, seraient bientôt mis en vente par son propriétaire EMI, rapportait hier le Financial Times. La vente alléguée du légendaire studio où ont été conçus des classiques des Beatles et de Pink Floyd est symptômatique des graves difficultés financières rencontrées par EMI qui, selon les observateurs, pourrait bientôt passer entre les mains de Warner Music Group.

La société britannique EMI n’a toujours pas confirmé la nouvelle rapportée par la publication spécialisée Financial Times, qui cite cinq sources différentes au fait du dossier. Le quotidien britannique n’a pas été en mesure d’affirmer que le major de l’industrie du disque liquidera aussi la marque de commerce Abbey Road en même temps que l’édifice, sis au 3 Abbey Road du district St-John’s Wood, dans le nord ouest de Londres.

Les motivations derrière cette éventuelle vente, elles, ne font cependant aucun doute. Terra Firma, la firme d’investissement privée britannique qui a acquis EMI en 2007, n’arrive plus à rembourser la dette du major de l’industrie du disque. Les pertes estimées d’EMI s’élèvent à 1,75 milliards de livres (2,88 millards $CAN), une situation pourtant plus rose qu’au moment de l’acquisition de la compagnie. Terra Firma doit trouver près de 200 millions de $CAN d’ici l’été prochain, à défaut de quoi le contrôle d’EMI sera repris par la banque américaine Citigroup, à qui on prête l’intention de la revendre à Warner Music Group.

Lors du rachat du major il y a près de trois ans, Terra Firma avait procédé à une vaste réduction de ses dépenses, réussie notamment grâce à une vague de mises à pied. L’automne dernier, une nouvelle vague de compression de postes avait été observée aux États-Unis, précisément auprès des labels dirigés par EMI, tels Capitol, Virgin et Blue Note. Aucune nouvelle compression n’avait touché les employés d’EMI au Canada ces derniers mois.

EMI, quatrième plus importante major de l’industrie du disque mondiale – derrière Universal Music, Sony-BMG et Warner Music Group- est dans la mire de Warner Music Group. Son patron, Edgar Bronfman Jr., n’a jamais caché son intention d’acquérir son concurrent. D’ailleurs, la semaine dernière, Bronfman affirmait au Business Week qu’une nouvelle acquisition majeure dans cette industrie du disque mal en point serait, à son avis, approuvée par les différentes instances régulatrices.

L’édifice du 3 Abbey Road a été converti en studio à la fin des années ’20; utilisé à l’époque par les orchestres classiques, il a été adopté par les artistes rock dès les années ’50. Il est devenu lieu de pèlerinage pour les mélomanes depuis que les Beatles ont baptisé un de leurs albums en son honneur, un disque illustré par cette fameuse photo où les quatre membres traversent la rue devant les studios.

Au printemps 1967, trois classiques du rock britannique y étaient enregistrés en même temps: Piper at the Gates of Dawn de Pink Floyd (Dark Side of the Moon a aussi été enregistré là), Odessey & Oracle de The Zombies et Sgt.Pepper’s Heart Club Band des Beatles. Radiohead (The Bends) et Oasis (Be Here Now) ont aussi utilisé les fameux studios.
Le prix estimé pour Abbey Road Studios pourrait atteindre « plusieurs dizaines de millions de livres », indique le Financial Times.

Avec l’aide du Financial Times, Associated Press, Business Times, The Times
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Gully VS Gaza: Trève dans la guerre civile et musicale

Gully VS GazaParu dans La Presse/Cyberpresse samedi dernier, mon papier racontant l’hallucinante rivalité entre les deejays Mavado et Vybz Kartel, rivalité dont même ses protagonistes ont perdu le contrôle. L’histoire continue de se développer; selon les médias jamaïcains, la rencontre « au sommet » des deux artistes dans le bureau du Premier Ministre Golding – un meeting qui a suscité la controverse- aurait débouché sur un « plan de réconciliation » en cinq points. 1) Participer, avant Noël, à un événement public pour concrétiser cette réconciliation, 2) Enregistrer un single ensemble, 3) Promettre la tenue d’un spectacle conjoint, 4) Parrainer une campagne de nettoyage des graffitis Gaza (le clan Vybz Kartel) et Gully (Mavado) à la grandeur de l’île et 5) Faire la promotion de T-Shirts annonçant la trève entre les artistes.

En complément au papier, voici le clip des premiers signes de la réconciliation. Notez la tension qui flotte, dans le regard de l’entourage des deux artistes, qui toisent la foule au moindre mouvement…

Jamaïque: Trève dans la guerre civile et musicale

Dans un geste réclamé par les autorités policières et gouvernementales, les deux plus importantes star du dancehall jamaïcain, Mavado et Vybz Kartel, sont apparues ensemble sur une scène de West Kingston, dimanche soir dernier, à la surprise de leurs fans respectifs. Les deux grands rivaux signifiaient ainsi la nécessité d’une trève pour que cesse la quasi guerre civile qui oppose leurs supporteurs respectifs. Histoire d’une guéguerre musicale devenue crise nationale.

Il s’agit du geste de paix le plus significatif en Jamaïque depuis le One Love Peace Concert d’avril 1978, alors que Bob Marley invitait à la réconciliation les rivaux politiques Michael Manely (du People’s National Party) et Edward Seaga (du Jamaican Labour Party) à se serrer la main devant 32 000 spectateurs. Incidemment, le Ministre de l’information Daryl Vaz a confirmé mercredi dernier qu’un « concert de la paix » réunissant Mavado et Vybz Kartel serait bientôt organisé.

Le geste était devenu nécessaire devant la montée de violence généralisée entre les adhérants aux « tribus » rivales, Gully, associée à Mavado, et Gaza, à Vybz Kartel. Mardi dernier, les deux artistes ont été convoqués au bureau du Premier Ministre Bruce Golding, à la demande celui-ci, pour qu’ils conviennent tous deux de cesser les hostilités verbales via leurs chansons et les médias. Les ministres de la Sécurité nationale et de l’éducation, ainsi qu’un influent évêque, ont également assisté à la rencontre.

La rivalité, très médiatisée, a pris des proportions démesurées qui inquiètent la population et met les autorités sur les dents. Ces derniers mois, l’île a été tapissée de graffitis identifiant les quartiers aux deux clans rivaux. Dans les régions les plus chaudes, les autorités ont associé une recrudescence de gestes violents à la rivalité entre les deux musiciens; on craint justement que cette année, le nombre de meurtres commis en Jamaïque dépasse les 1650, en hausse par rapport à 2008.

La guerre Gaza-Gully a aussi atteint les écoles où des revendeurs illégaux faisaient le commerce d’écussons et de drapeaux à l’effigie des stars. Même le sprinter Usain Bolt a commis l’impair – pour un modèle de sa stature – de s’immiscer dans le conflit, avouant sa préférence pour Vybz Kartel!

Le « clash » du siècle

Les rivalités – les « clashs » – font partie intégrante de la culture dancehall, comme dans le hip hop d’ailleurs, à l’image de la tragique mais légendaire rivalité entre les rappeurs Tupac (Côte Ouest) et Notorious B.I.G. (Côte Est). Celle opposant les clans Gully et Gaza a germé il y a près de trois ans, par une poignée de chansons dénigrant l’adversaire.

Dans le coin gauche, le sing-jay (chanteur plus que rappeur) Mavado, personnalité forte à la voix mélancolique et grave et aux thèmes souvent violents, auteur du hit Neva Believe You (pour ne nommer que lui), l’une des chansons marquantes de l’année dancehall. Dans le coin droit, le controversé deejay Vybz Kartel, habile rimeur à l’énergie qui contraste avec celle de son adversaire. Son hit marquant? La salace, presque pornographique, Ramping Shop, qui a par ailleurs forcé le gouvernement à bannir des ondes les chansons à caractère sexuel.

La dangeureuse rivalité a gagné en importance il y a un an, lors du légendaire événement annuel Sting, organisé le soir du Boxing Day. Cette grande fête dancehall est l’arène de toutes les rivalités, le spectacle où sont faites, et défaites, des carrières et des réputations.

Or, suite à un verdict partagé, Mavado avait été donné vainqueur du clash contre Vybz Kartel, qui s’était employé dans les semaines suivantes à raviver les hostilités. Cette année, les organisateurs de Sting, sous pression de la police, ont menacé de ne pas les inviter s’ils n’en venaient pas à un véritable « accord de cessez-le-feu ».

Au cours des derniers mois, les deux protagonistes de la guerre Gully-Gaza avaient timidement condamné les actes de violence attribués à leur rivalité musicale, soulignant plutôt qu’entre eux, aucun geste physique n’avait été commis. « Tout ça n’est que de la musique, a déploré Mavado, et je regrette que certains fans aient pris ça trop au sérieux ».
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