Donner? Non, échanger sa musique

Tout ça est la faute à Radiohead.

D »abord, étouffons le mythe: Thom Yorke et cie n’ont jamais donné l’album In Rainbows. Ils l’ont vendu, d’abord en format mp3, mais au prix fixé par l’internaute – ça pouvait être 13,99$, ça pouvait aussi être un gros zéro pointé, mais l’objectif n’était clairement pas de donner ses enregistrements, Radiohead voulant, par cette expérience socio-économique, mesurer quelle pouvait être la valeur d’un de leurs albums aux yeux de leurs fans.

Entre donner et vendre, donc, il y a une nuance qui a souvent échappé à mes collègues et qui, aujourd’hui, a fini par déteindre sur le discours de certains acteurs de l’industrie musicale dite « 2.0″.  Car la question est récurrente: donner, ou non, la musique? Sous-entendu: à quoi bon essayer de la vendre si on peut si facilement se la faire pirater? Ah, la quadrature du cercle.

C’est l’ami Pierre B.Gourde, de chez Indica, qui relançait la question avec ce texte, Partager sa musique en ligne, ce que @indicarecords propose…, publié il y a quelques jours. Un texte dont le premier mérite est de nous offrir la position du label vis à vis les enjeux technologiques qui bouleversent l’industrie du disque car, mine de rien, on ne sait trop à quelle enseigne logent les producteurs de musique d’ici face à ces enjeux (et que dire des principaux concernés, les artistes eux-mêmes?).

Que dit Pierre? D’abord, « je ne crois pas que garder un contrôle total sur la musique soit l’option idéale, mais tout donner non plus. » Prudence et sagesse même, mais surtout l’avis éclairé de celui qui tente de rallier le meilleur des deux mondes. Appelons ça, hum, la musique 1.5.

Concrètement, il suggère l’usage d’un widget pour diffuser gratuitement la musique des artistes d’Indica (c’était d’ailleurs le but de son texte, présenter l’outil) tout en les invitant à l’acheter si l’envie leur prend. Le widget est conçu par Topspin Media, firme américaine. Pierre me demande ce que j’en pense (du texte, de l’outil). Franchement, je n’en sais rien. Il fonctionne bien. Il fait ce qu’on lui demande. Il est moche, aussi (le widget, pas le texte). Tenez, le voici:

Pour acheter, il faut se farcir le formulaire, mais on l’achète directement de la boutique Indica en ligne. Bien sûr, c’est plus simple chez Apple (qui se garde 30% du montant de la transaction), pour ne nommer que le plus gros où on n’a qu’à s’inscrire une seule fois et cliquer ensuite sur le bon bouton pour acheter. Apple, où on peut d’ailleurs aussi trouver le nouveau Placard-MacBeth

L’un des patrons de Topspin met cependant en garde les producteurs: la valeur ajoutée de cette transaction, c’est l’information qu’on garde à propos de notre clientèle (et que son entreprise aussi doit garder, ne soyons pas dupes). Là dessus, il n’a pas tort. Donner? Non, échanger sa musique.  Contre un email – ça ne paye pas le loyer, convenons-en. Contre l’opportunité de mettre de la musique en streaming gratis sur son blogue. En espérant que d’autres trouvent le bouton « Acheter ». Quoi encore? Solution temporaire, pour peu qu’elle soit une solution tout court. Elles sont plusieurs, en réalité, Topspin n’est qu’une des dizaines de ces « solutions » musicales « 1.5″ (personnellement, j’ai une préférence pour le modèle de SoundCloud, j’y reviendrai bientôt), autant de sparadraps apposés sur le proverbial cancéreux.

Or, ces prochains jours promettent de faire bourdonner les analystes de tout acabit: annonce de l’alliance entre LaLa/iLike et Google, résurgence de la plate-forme MySpace qu’on croyait moribonde, arrivée promise de Spotify sur le marché nord-américain, les nouvelles vont débouler. En attendant, je salue Pierre et Indica d’essayer des affaires, et de favoriser les échanges avec les mélomanes internautes, pièce évidemment essentielle du casse-tête de la juste rétribution, via la grande toile, des créateurs.

AJOUT: Je reproduis ici un extrait du commentaire qu’à laissé Pierre B.Gourde à propos du widget d’Indica:

[...] je dois préciser que ce n’est pas TopSpin qui a monté le truc, mais plutôt Sumo (http://www.sumoindustries.com/) de Québec.
En fait, TopSpin ne prend rien qui n’ait pas un volume énorme. Même des poids-lourds d’ici qui ont une certaine envergure mondiale ne peuvent bénéficier du service TopSpin. Je me suis inspiré de leur système et de l’esprit de leur service!