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Fixation musicale: Yuh Love, Vybz Kartel

Pochette Yuh LoveElle m’obsède depuis des semaines, me suit sur repeat dans le iPod, s’insère facilement dans mon top 10 des singles de 2009:  Yuh Love de Vybz Kartel, sur le Smoke Machine Riddim, une production du Brooklynois Dre.Skull, parue en août dernier sur son excellent petit label, Mixpak Records. Sick, sick tune.

Bel exploit pour cette tentative de dancehall/électro-pop champ gauche made in New York:  elle jouit ces jours-ci de la faveur des télés jamaïcaines, qui font tourner le clip et mettent de la pression sur les radios de l’île pour qu’elles emboitent le pas.

Pour Vybz Kartel, abonné aux controverses et l’un des deux protagonistes de la « guerre musico-sociale » opposant les clans Gully et Gaza (histoire troublante et fascinante sur laquelle je me pencherai bientôt), Yuh Love est d’un bon goût qu’on ne lui reconnaissait pratiquement plus depuis la salace Ramping Shop (feat. Spice).  Pour Dre.Skull, ça commence à ressembler à une consécration dans la patrie du reggae. Le producteur, DJ et remixeur ouvre son horizon musical à toutes tendances « urban », sur la même longueur d’ondes que l’ami Poirier, mais avec une touche bien différente. On vous recommande toujours le podcast qu’il a réalisé pour XLR8R le mois dernier, agréable écoute.

Yuh Love, Vybz Kartel, sur iTunes

#musicmonday: un nouvel album des Beatles!

cassetteLa curiosité de la semaine: un type qui se fait appeler James Richard s’arrête sur le bord de la route pour faire courir son chien, le 9 septembre dernier (number nine, number nine…). En poursuivant son cabot dans un champ, il tombe dans un trou de lièvre et, heu, se réveille dans une chambre avec un tas d’appareils électroniques. Je vous laisse lire la suite de son histoire hallucinée, mais, pour faire court, Richard revient de cet « univers parallèle » avec la cassette d’un nouvel album des Beatles intitulé Everyday Chemistry. Car, dans l’univers parallèle qu’il venait de visiter, les Beatles ne se sont jamais séparés (ce n’est pas clair si Yoko Ono existe dans ledit univers).

Sur son site web, thebeatlesneverbrokeup.com, Richard offre aux visiteurs de télécharger l’album, onze « nouvelles chansons » qui ne tromperont pas les beatlemaniaques: il s’agit là d’un montage, fort habile, d’extraits de chansons des albums solo des quatre Beatles. Le plus drôle, c’est que le métadata attribue toutes ces chansons aux Beatles même. Et curieusement, si les chansons sont franchement assez bonnes, elles ne sonnent pas du tout comme la musique des Beatles, surtout parce que la production sonne trop « moderne » pour être vraie.

Bref, tout ça est très drôle, et à télécharger depuis le site web du type. Ne tardez pas, cependant: m’est d’avis que ça ne restera pas longtemps en ligne…

Trailer de Gainsbourg (vie héroïque)

Trouvée chez Marc-André Lussier, la bande-annonce du biopic de Serge Gainsbourg:

Et tant qu’à faire, voici aussi le teaser trailer, dévoilé il y a quelques mois:

En tant que fan fini de l’oeuvre de Gainsbourg, je ne peux faire autrement que craindre que ce film puisse s’avérer médiocre, d’autant plus que son réalisateur, le bédéiste Joann Sfar, n’en est qu’à son premier long métrage. Je suis, par contre, totalement abasourdi par le casting. L’acteur Éric Elmosnino est hallucinant de vérité en Gainsbourg, et Laetitia Casta, modelée façon Bardot, semble franchement convaincante sur la bande-annonce.

Le film sort le 20 janvier 2010 en France. Pas encore de date ici.

#mm: Tracks and Traces, Harmonia ’76

333L’idée des #MusicMondays me plaît bien, je vais essayer d’en prendre l’habitude, mais en suggérant plutôt des musiques libres de droits et/ou offertes gratuitement sur la toile. On commence avec une pièce (au titre approprié) qui a berçé ma fin de semaine d’été indien, Sometimes in Autumn (Shackleton remix) de Harmonia & Eno.

En 1997, Ryko déterrait un véritable trésor pour tout amateur de krautrock:  les enregistrements d’une session durant laquelle les membres de Harmonia – « supergroupe » de musiciens d’avant-garde rock allemands constitué du regretté guitariste Michael Rother de NEU! et des deux membres de Cluster, Hans-Joachim Roedelius et Dieter Möbius – rencontraient le déjà illustre Brian Eno. Ces bandes, dont l’existence était connue des aficionados et qui étaient considérées perdues, sont demeurées inédites jusqu’à ce que Ryko mette le grappin dessus. La rencontre s’étant faite en septembre 1976, Ryko a simplement baptisé le projet Harmonia ’76 pour le distinguer des deux précédents albums de Harmonia, et l’a mis en marché, emballé  dans une pochette assez moche, sans livret, par surcroît.

Qu’importe: ce disque, je l’ai usé à la corde. La pochette horrible et l’absence d’infos sur les origines de ces bandes ajoutaient au mystère qui se dégage de ces compositions, un enchaînement de chansons plus ambiantes et atmosphériques que rock, aux durées variables (entre 1m30 et 16 minutes), aux textures absolument fascinantes.

Il y a sur Tracks and Traces une douce mélancolie qu’on retrouve peu sur les enregistrements de l’époque krautrock, beaucoup plus chez le Eno de l’époque. En contrepartie, l’instrumentation, la palette sonore, est indéniablement celle de Cluster, alors que la guitare de Rother est cette fois beaucoup moins abrasive que sur les albums de NEU!. Je me souviens encore de la première fois que j’ai entendu Vamos companeros, la chanson qui ouvre le disque, hypnotique strumming de guitare acoustique qui vaque sur une ligne de basse rampante:

La fin de 1976 pourrait être considéré comme une sorte d’âge d’or pour Brian Eno, ainsi qu’un second souffle de créativité et de notoriété pour la scène rock avant-gardiste allemande. Eno avait depuis longtemps quitté Roxy Music pour accoucher de ses albums majeurs, dont Taking Tiger Mountain (By Strategy) (1974) et Another Green World (1975). Sa collaboration avec Robert Fripp, (No Pussyfooting) (1973) et le tout aussi fascinant Discreet Music (1975) avaient déjà pavé la voie pour la musique ambiante, au sens populaire du terme.

Pendant ce temps, la créativité qui émergeait de la scène rock allemande attirait David Bowie qui, en 1976, s’installait à Berlin-Ouest pour entamer sa « trilogie berlinoise » – Low (1977), Heroes (1977) et Lodger (1979) – à laquelle a bien sûr collaboré Eno. Je présume que c’est pour aller payer une visite à Bowie que Brian Eno s’est retrouvé en Allemagne en 1976, l’histoire veut toutefois qu’il ait séjourné à Forst, avec les gars d’Harmonia, pendant 11 jours durant lesquels ont été enregistrées ces bandes longtemps perdues.

Tout ça pour dire que le label Grönland Records a réédité en septembre dernier Tracks and Traces, avec livret et une pochette à peine plus jolie (on doit aussi à Grönland la réédition des trois albums de NEU!). Or, pour souligner l’événement, Grönland a commandé à deux illustres représentants de la scène dubstep britannique, Shackleton et Appleblim (ce dernier aidé par Komonazmuk) des remixes de deux titres de Tracks and Traces. La plate-forme RCRDLBL.com vous offre la possibilité de télécharger gratuitement Sometimes in autumn (Shackleton mix), ce que je ne saurais trop vous recommander, c’est du cachemire pour les oreilles.

Si l’excellent By the Riverside (Appleblim & Komonazmuk remix) vous intéresse, vous le trouverez notamment chez iTunes. L’album Tracks and Traces est aussi disponible ici.

En attendant King Midas Sound

king_midas_sound_waiting_for_you_albumcoverPetite tranche de vie musicale, si vous le voulez bien, parce qu’il n’y a pas assez de sons ici…

Y’a des jours comme ça où on n’a qu’envie de débrancher le téléphone et passer à travers une pile de bons disques. J’ai encore la compilation 5:5 Years of Hyperdub accrochée au lobe de l’oreille, magnifique et moderne exploration des nouvelles tendances électroniques. Mais, plutôt déçu de la dernière livraison du Néérlandais 2562 – l’album Unbalanced, son second, lancé sur Tectonic, le label du parrain de la scène dubstep de Bristol, DJ Pinch, j’en ferai la critique dans La Presse cette semaine-, je trépigne d’impatience en attendant le 30 novembre prochain, lorsque paraîtra enfin Waiting For You, le premier disque de King Midas Sound.

Qui ça? Kevin Martin de son vrai nom, vétéran de la scène électronique britannique qui, depuis près de 20 ans, travaille sous une pléthore de pseudos, Techno Animal, The Bug (son plus connu), et donc, tout récemment, King Midas Sound. Ah!, et aussi Black Chow, projet secret mené avec sa copine Kiki Hitomi qui n’a accouché que d’une chanson, Purple Smoke, qu’on retrouve sur la récente compilation du label Hyperdub:

Purple Smoke – Black Chow

J’ai entendu cette chanson alors qu’elle était tout juste sortie des circuits informatiques de son studio, l’été dernier, lorsque je lui ai parlé en prévision de son concert au FIJM. Étrange et enveloppant – c’est exactement ce que j’espère de Waiting For You, qu’on annonce comme une contemplative mixture de reggae minimaliste électronique et de dub poetry, gracieuseté du deejay et chanteur Roger Robinson. Premier et alléchant extrait, Meltdown, aussi sur la compilation Hyperdub:

Meltdown – King Midas Sound

Parfaite musique pour ces journées brumeuses. D’autres extraits sonores, ici. King Midas Sound a déjà deux EPs à son actif, qu’on peut acheter sur Bleep.com (vinyle seulement) et sur iTunes Store.

Gala ADISQ: Lendemain de veille

Matinée de bilans, donc, à l’aulne des résultats de scrutins (musicaux, municipaux) qui nous ont été dévoilés hier soir. Permettez que je saute dans le train, pour conclure que, dans un cas comme dans l’autre, ce fut une soirée plutôt ordinaire… Je laisse la politique municipale aux autres, et abonde plutôt sur le cas du Gala de l’ADISQ.

Rien à redire sur l’animation, je crois que Louis-José Houde est l’homme de la situation, ainsi qu’il l’a encore démontré. Reste que ce show manque cruellement de rythme, du medley inaugural jusqu’au combat de gorges Ginette Reno VS Marc Hervieux. Lorsqu’on en vient à applaudir une performance finalement quelconque de Jean Leloup, c’est que la soirée était bien terne (j’ajoute un second merci à Leloup, le premier à donner de l’ovation debout à Madame Martel, Leloup qui, de surcroît, avait l’air de vouloir botter le siège de ses voisins de derrière qui dormaient au gaz). Du punch, de l’habillage, du souffle, que diable! Même la scène était drabe.

Pour le reste – ici, la liste complète des gagnants – , je joins ma voix à celles des confrères (ici , ici , ici et ici): immense bravo à Renée Martel, viva Karkwa, et je suis franchement ravi pour Yann Perreau, bien que je préférais Gaston Miron et Gilles Bélanger. Quant aux autres, ben, le peuple a parlé.

Et maintenant, on fait quoi?

Telle sera sans doute LA question lors de la réunion debriefing du Gala de l’ADISQ. Cette 31e édition du Gala pourrait bien être la dernière d’une ère que les dissensions qui opposent l’association à Québécor ont mis à terme. Ironiquement, d’ailleurs, puisque comme le soulignait mon confrère Sylvain Cormier: « De fait, rarement a-t-on vu palmarès plus universellement gagnant ». Pierre Marchand a beau rechigner sur ce qu’il perçoit être un élitisme de la part de l’association et de ses membres votants et « préconise[r] plutôt une approche populaire » en suggérant l’organisation d’un autre gala (une version Artis Plus?)  « où le public pourra se prononcer », force est d’admettre que le Gala de l’ADISQ s’accordait cette année avec le refrain du président. En plus, le public se prononce – sur le Félix du Groupe de l’année par surcroît, une première.

Bien sûr, ça ne change rien au débat de fond, qui a été éclipsé derrière l’annonce de ce gala musical TVA. Le débat de fond, Alain Brunet le résume sur son blogue:

Le problème en résumé:

1. Le retrait de Quebecor de l’ADISQ se fonde sur un différend des mesures à prendre sur l’internet quand on est producteur de musique enregistrée.

2. Une fois sorti de l’association, Quebecor trouve aberrant que ses artistes en production ne puissent être éligibles aux galas de 2010. Renoncer à l’association des producteurs indépendants a des conséquences fâcheuses… qui mènent à une autre stratégie de développement.

3. Ainsi, Quebecor envisage de faire son propre gala, et poursuit sa marche vers l’intégration verticale des contenus cultuels produits et diffusés par l’entreprise.

4. L’ADISQ est confrontée au retrait d’artistes québécois très populaires, elle doit gérer cette crise bon gré mal gré.

Appuyant sa thèse, Marchand souligne qu’il est aberrant qu’on n’ait pu rendre hommage à Leonard Cohen sous prétexte qu’il ne soit pas membre de l’ADISQ. Soit. Il est encore plus aberrant que Arcade Fire n’ait été consacré par le milieu de la musique du Québec, alors que le monde célébrait sa musique.

Ainsi, parmi les solutions de sortie de crise qui s’offrent à l’ADISQ, il y a celle d’ouvrir les catégories aux artistes dont les producteurs ne sont pas membres de l’association, comme ça se fait d’ailleurs aux Junos, moyennant un montant d’inscription – aux Junos, les membres de la CARAS déboursent entre 30$ et 60$ par disque inscrit, entre 50$ et 80$ pour les non-membres. Et c’est là que ça devient intéressant.

À ce prix-là, à peu près tout le monde pourrait lancer son disque dans la course aux Félix. Les Anglos, les Richard Abel, les petits punks et les gros rappeurs. Les artistes de Musicor, mais aussi (surtout) tous ceux que tient à récompenser les organisateurs du GAMIQ, à défaut d’une véritable vitrine nationale. On s’émeut des intentions de Québécor de vouloir faire son propre gala, alors qu’on ne semble plus trop se formaliser de la tenue de la GAMIQ trois semaines avant le Gala de l’ADISQ, toujours une nécessaire opération de reconnaissance du talent local, qui plus est déterminée en partie par la voix du peuple.

Et si, en ouvrant le Gala de l’ADISQ aux non-membres, on pouvait faire de l’Autre Gala une véritable célébration de la diversité musicale québécoise? Et si ces changements de règles forçaient du coup l’ADISQ à faire le ménage dans ses catégories (pop? pop-rock? rock?) et permettre à d’autres d’être vraiment représentatives  – ex: Félix Album Électronique, trois nominations seulement… Bravo pour Numéro#, mais quid les deux autres?

Je rêve peut-être en couleurs, mais si la situation peut enfin évoluer, ce sera cette année, avant la tenue de la 32e édition du Gala de l’ADISQ. Il y a quelques années, Jean-Robert Bisaillon avait justifié la fin de l’Off-FrancoFolies en expliquant que la programmation extérieure du festival avait pratiquement intégré toutes les formations qui n’avaient droit de cité sur le pavé du centre-ville montréalais et qui garnissaient l’affiche de l’OFF. De même, le GAMIQ aura gagné lorsqu’il cessera d’exister parce que les artistes qu’on y récompense seront enfin reconnus par la grosse machine. Alors, on pourra barder de Félix Marie-Mai sur les ondes radiocanadiennes autant que Pierre Marchand le souhaitera, l’Autre Gala sera devenu véritablement représentatif de la qualité et de la diversité des musiciens d’ici.



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