Gala ADISQ: Lendemain de veille

Matinée de bilans, donc, à l’aulne des résultats de scrutins (musicaux, municipaux) qui nous ont été dévoilés hier soir. Permettez que je saute dans le train, pour conclure que, dans un cas comme dans l’autre, ce fut une soirée plutôt ordinaire… Je laisse la politique municipale aux autres, et abonde plutôt sur le cas du Gala de l’ADISQ.

Rien à redire sur l’animation, je crois que Louis-José Houde est l’homme de la situation, ainsi qu’il l’a encore démontré. Reste que ce show manque cruellement de rythme, du medley inaugural jusqu’au combat de gorges Ginette Reno VS Marc Hervieux. Lorsqu’on en vient à applaudir une performance finalement quelconque de Jean Leloup, c’est que la soirée était bien terne (j’ajoute un second merci à Leloup, le premier à donner de l’ovation debout à Madame Martel, Leloup qui, de surcroît, avait l’air de vouloir botter le siège de ses voisins de derrière qui dormaient au gaz). Du punch, de l’habillage, du souffle, que diable! Même la scène était drabe.

Pour le reste – ici, la liste complète des gagnants – , je joins ma voix à celles des confrères (ici , ici , ici et ici): immense bravo à Renée Martel, viva Karkwa, et je suis franchement ravi pour Yann Perreau, bien que je préférais Gaston Miron et Gilles Bélanger. Quant aux autres, ben, le peuple a parlé.

Et maintenant, on fait quoi?

Telle sera sans doute LA question lors de la réunion debriefing du Gala de l’ADISQ. Cette 31e édition du Gala pourrait bien être la dernière d’une ère que les dissensions qui opposent l’association à Québécor ont mis à terme. Ironiquement, d’ailleurs, puisque comme le soulignait mon confrère Sylvain Cormier: « De fait, rarement a-t-on vu palmarès plus universellement gagnant ». Pierre Marchand a beau rechigner sur ce qu’il perçoit être un élitisme de la part de l’association et de ses membres votants et « préconise[r] plutôt une approche populaire » en suggérant l’organisation d’un autre gala (une version Artis Plus?)  « où le public pourra se prononcer », force est d’admettre que le Gala de l’ADISQ s’accordait cette année avec le refrain du président. En plus, le public se prononce – sur le Félix du Groupe de l’année par surcroît, une première.

Bien sûr, ça ne change rien au débat de fond, qui a été éclipsé derrière l’annonce de ce gala musical TVA. Le débat de fond, Alain Brunet le résume sur son blogue:

Le problème en résumé:

1. Le retrait de Quebecor de l’ADISQ se fonde sur un différend des mesures à prendre sur l’internet quand on est producteur de musique enregistrée.

2. Une fois sorti de l’association, Quebecor trouve aberrant que ses artistes en production ne puissent être éligibles aux galas de 2010. Renoncer à l’association des producteurs indépendants a des conséquences fâcheuses… qui mènent à une autre stratégie de développement.

3. Ainsi, Quebecor envisage de faire son propre gala, et poursuit sa marche vers l’intégration verticale des contenus cultuels produits et diffusés par l’entreprise.

4. L’ADISQ est confrontée au retrait d’artistes québécois très populaires, elle doit gérer cette crise bon gré mal gré.

Appuyant sa thèse, Marchand souligne qu’il est aberrant qu’on n’ait pu rendre hommage à Leonard Cohen sous prétexte qu’il ne soit pas membre de l’ADISQ. Soit. Il est encore plus aberrant que Arcade Fire n’ait été consacré par le milieu de la musique du Québec, alors que le monde célébrait sa musique.

Ainsi, parmi les solutions de sortie de crise qui s’offrent à l’ADISQ, il y a celle d’ouvrir les catégories aux artistes dont les producteurs ne sont pas membres de l’association, comme ça se fait d’ailleurs aux Junos, moyennant un montant d’inscription – aux Junos, les membres de la CARAS déboursent entre 30$ et 60$ par disque inscrit, entre 50$ et 80$ pour les non-membres. Et c’est là que ça devient intéressant.

À ce prix-là, à peu près tout le monde pourrait lancer son disque dans la course aux Félix. Les Anglos, les Richard Abel, les petits punks et les gros rappeurs. Les artistes de Musicor, mais aussi (surtout) tous ceux que tient à récompenser les organisateurs du GAMIQ, à défaut d’une véritable vitrine nationale. On s’émeut des intentions de Québécor de vouloir faire son propre gala, alors qu’on ne semble plus trop se formaliser de la tenue de la GAMIQ trois semaines avant le Gala de l’ADISQ, toujours une nécessaire opération de reconnaissance du talent local, qui plus est déterminée en partie par la voix du peuple.

Et si, en ouvrant le Gala de l’ADISQ aux non-membres, on pouvait faire de l’Autre Gala une véritable célébration de la diversité musicale québécoise? Et si ces changements de règles forçaient du coup l’ADISQ à faire le ménage dans ses catégories (pop? pop-rock? rock?) et permettre à d’autres d’être vraiment représentatives  – ex: Félix Album Électronique, trois nominations seulement… Bravo pour Numéro#, mais quid les deux autres?

Je rêve peut-être en couleurs, mais si la situation peut enfin évoluer, ce sera cette année, avant la tenue de la 32e édition du Gala de l’ADISQ. Il y a quelques années, Jean-Robert Bisaillon avait justifié la fin de l’Off-FrancoFolies en expliquant que la programmation extérieure du festival avait pratiquement intégré toutes les formations qui n’avaient droit de cité sur le pavé du centre-ville montréalais et qui garnissaient l’affiche de l’OFF. De même, le GAMIQ aura gagné lorsqu’il cessera d’exister parce que les artistes qu’on y récompense seront enfin reconnus par la grosse machine. Alors, on pourra barder de Félix Marie-Mai sur les ondes radiocanadiennes autant que Pierre Marchand le souhaitera, l’Autre Gala sera devenu véritablement représentatif de la qualité et de la diversité des musiciens d’ici.