#mm: Tracks and Traces, Harmonia ’76

333L’idée des #MusicMondays me plaît bien, je vais essayer d’en prendre l’habitude, mais en suggérant plutôt des musiques libres de droits et/ou offertes gratuitement sur la toile. On commence avec une pièce (au titre approprié) qui a berçé ma fin de semaine d’été indien, Sometimes in Autumn (Shackleton remix) de Harmonia & Eno.

En 1997, Ryko déterrait un véritable trésor pour tout amateur de krautrock:  les enregistrements d’une session durant laquelle les membres de Harmonia – « supergroupe » de musiciens d’avant-garde rock allemands constitué du regretté guitariste Michael Rother de NEU! et des deux membres de Cluster, Hans-Joachim Roedelius et Dieter Möbius – rencontraient le déjà illustre Brian Eno. Ces bandes, dont l’existence était connue des aficionados et qui étaient considérées perdues, sont demeurées inédites jusqu’à ce que Ryko mette le grappin dessus. La rencontre s’étant faite en septembre 1976, Ryko a simplement baptisé le projet Harmonia ’76 pour le distinguer des deux précédents albums de Harmonia, et l’a mis en marché, emballé  dans une pochette assez moche, sans livret, par surcroît.

Qu’importe: ce disque, je l’ai usé à la corde. La pochette horrible et l’absence d’infos sur les origines de ces bandes ajoutaient au mystère qui se dégage de ces compositions, un enchaînement de chansons plus ambiantes et atmosphériques que rock, aux durées variables (entre 1m30 et 16 minutes), aux textures absolument fascinantes.

Il y a sur Tracks and Traces une douce mélancolie qu’on retrouve peu sur les enregistrements de l’époque krautrock, beaucoup plus chez le Eno de l’époque. En contrepartie, l’instrumentation, la palette sonore, est indéniablement celle de Cluster, alors que la guitare de Rother est cette fois beaucoup moins abrasive que sur les albums de NEU!. Je me souviens encore de la première fois que j’ai entendu Vamos companeros, la chanson qui ouvre le disque, hypnotique strumming de guitare acoustique qui vaque sur une ligne de basse rampante:

La fin de 1976 pourrait être considéré comme une sorte d’âge d’or pour Brian Eno, ainsi qu’un second souffle de créativité et de notoriété pour la scène rock avant-gardiste allemande. Eno avait depuis longtemps quitté Roxy Music pour accoucher de ses albums majeurs, dont Taking Tiger Mountain (By Strategy) (1974) et Another Green World (1975). Sa collaboration avec Robert Fripp, (No Pussyfooting) (1973) et le tout aussi fascinant Discreet Music (1975) avaient déjà pavé la voie pour la musique ambiante, au sens populaire du terme.

Pendant ce temps, la créativité qui émergeait de la scène rock allemande attirait David Bowie qui, en 1976, s’installait à Berlin-Ouest pour entamer sa « trilogie berlinoise » – Low (1977), Heroes (1977) et Lodger (1979) – à laquelle a bien sûr collaboré Eno. Je présume que c’est pour aller payer une visite à Bowie que Brian Eno s’est retrouvé en Allemagne en 1976, l’histoire veut toutefois qu’il ait séjourné à Forst, avec les gars d’Harmonia, pendant 11 jours durant lesquels ont été enregistrées ces bandes longtemps perdues.

Tout ça pour dire que le label Grönland Records a réédité en septembre dernier Tracks and Traces, avec livret et une pochette à peine plus jolie (on doit aussi à Grönland la réédition des trois albums de NEU!). Or, pour souligner l’événement, Grönland a commandé à deux illustres représentants de la scène dubstep britannique, Shackleton et Appleblim (ce dernier aidé par Komonazmuk) des remixes de deux titres de Tracks and Traces. La plate-forme RCRDLBL.com vous offre la possibilité de télécharger gratuitement Sometimes in autumn (Shackleton mix), ce que je ne saurais trop vous recommander, c’est du cachemire pour les oreilles.

Si l’excellent By the Riverside (Appleblim & Komonazmuk remix) vous intéresse, vous le trouverez notamment chez iTunes. L’album Tracks and Traces est aussi disponible ici.