Mes 2 cents sur U2

Ce concert de U2 vendredi soir? Pas le meilleur qu’il m’ait été donné de voir, pas aussi bon que le Zoo TV Tour (23 mars 1993) ou l’un des concerts que j’ai vu du Elevation Tour (2001), mais lâchons quand même le mot, et pardonnez du peu: épique.

Pouvait-il en être autrement, avec tant de hits, après une si longue attente, avec ces moyens gigantesques déployés pour assurer la réussite de cette tournée record? Le 360° Tour de U2 s’amenait enfin dans toute sa démesure à l’Hippodrome Blue Bonnets, avec une couche de gras additionnelle. Il n’y avait pas de stade, que de la poussière et du gravier et, hop!, en près de deux mois, stade il y eut, lequel peut accueillir 80 000 fans. La démesure d’un stade éphémère – j’aime l’image du collègue Cassivi, « Une ville dans une ville » -, pour le plus grand groupe rock au monde (observation quantitative, pas qualitative), pour les meilleurs fans au monde (ça, c’est qualitatif).

Tout ce cirque s’est pourtant terminé comme il a commencé, c’est à dire bien mal. Et on ne parle pas du trajet de deux heures qu’il nous a fallu endurer pour arriver à destination, c’était même assez rigolo pour qui n’est pas trop claustro/agoraphobe.  Plutôt des torrents d’averse… et de Interpol. Soporifique, ce dernier. Pas un choix judicieux, si on les embauchait pour réchauffer la foule et lancer le bal. Quant à la météo, saluons néanmoins son timing: pendant With or Without You (2e rappel), splouche!, une grosse goutte solitaire échouait sur mon avant-bras. Ah tiens!, il allait donc peut-être pleuvoir… Or, c’est sur la toute dernière note de Moment of Surrender, au moment ou la bande à Bono retournait à sa loge, que le déluge fut. Y’a pas de mots polis pour le dire: on en a mangé une ciboire.

Entre les deux, un show solide dont on s’extrait galvanisé (et humide), un show cependant déséquilibré au plan du choix des chansons. U2 a donné son meilleur sur les deux premiers tiers; sur le dernier, l’énergie s’est un peu estompée à cause de ces chansons moins mémorables, les City of Blinding Lights (toutefois accompagnée d’une des plus belles séquences visuelles de la soirée, ci-contre), Vertigo, I’ll Go Crazy if I Don’t Go Crazy Tonight puis, après le sursaut de Sunday Bloody Sunday, une finale anti-climax avec Scarlet et Walk On (j’ajoute que je me serais aussi passé de la Bat-toune Hold Me, Thrill Me, Kiss Me, Kill Me au 2e rappel). En contre-partie, j’étais particulièrement ravi de réentendre live la très krautrock Zooropa.

Mais la montée du début, ouh là là… Bon flash de démarrer avec Space Oddity, tout indiqué pour ce décor surréaliste des estrades métalliques et de la fameuse pince – « The Claw » – à quatre pattes qui sert à la fois de scène et de décor. D’où qu’on se trouvait (j’étais à 20 pieds de la passerelle au parterre, puis tout au fond lors des rappels), on ne manquait absolument rien. L’effet de proximité était réussi en dépit de l’immensité des lieux puisque, toute imposante qu’est la pince, elle donne l’illusion d’être petite ainsi encerclée par 80 000 fans. L’écran LED en accordéon est aussi une sacrée réussite technologique qui permet à tous les fans de se sentir un peu plus près des musiciens.

Bref, le groupe a d’emblée foncé dans le tas de ses succès en enfilant quatre chansons d’Achtung Baby: Even Better Than The Real Ting, The Fly, Mysterious Ways et Until the End of the World, une de mes préférées du répertoire youtooesque. La sono s’est ajustée pendant Mysterious Ways, et est demeurée irréprochable jusqu’à la fin – c’est l’autre avantage du stade éphémère sur les stades de foot monstres d’Europe ou des USA: aucune parois sur laquelle l’onde aurait le malheur de réverbérer. Un son clair et net.

Comme à chaque tournée, les arrangements ont été revus, généralement en harmonie avec la facture du récent album (ici, No Line on the Horizon, dont trois chansons ont été interprétées). S’il est un euphémisme de souligner le côté ambiant du jeu de The Edge, sur ces chansons d’Achtung Baby, c’était limite minimaliste – et pas désagréable du tout. En revanche, sa ligne mélodique, une guitare électrique bien assise et répétitive (autre euphémisme), pour One (1er rappel) nétait pas très réussie.

Bono était visiblement heureux d’être ravi d’être devant ce public de « Québécois! Quelle belle gang! », s’est-il plu à répéter durant cette soirée de près de 2h15 mins. Il a parlé français pendant presque toute la durée du spectacle, tant et si bien qu’on sous-titrait (très mal, au demeurant, c’en était grotesque) à l’écran ses courts laïus. Certains très drôles, comme lorsqu’il a tourné en gentille dérision la tournée canadienne du couple princier. Après avoir présenté ses collègues (The Edge était affublé du titre de « vrai Prince de Galles »), il s’est qualifié de « chien royal – a corgi »! Plus important encore, Bono avait la voix hier, ne faussant presque pas – seulement un peu pendant le moment de grâce acoustique Stay (Faraway, So Close!) et Miss Sarajevo. Tout le contraire du concert de la tournée Vertigo que j’ai vu, alors que Bono chantait comme un minet de ruelle…

Le moment-frisson de la soirée est justement survenu après Stay (Faraway, So Close!). Bono a dédié la prochaine chanson à la représentante démocrate Gabrielle Gifford et, oui, sur le coup, en regardant l’écran LED se transformer en planète Terre, on entrevoyait le moment chiant preacher racoleur de la soirée. Jusqu’à ce qu’on voit apparaître à l’écran son mari d’astronaute Mark Kelly, posté en orbite, saluer Montréal et annoncer Beautiful Day – la dernière grande chanson de U2, à mon humble avis. Pendant le bridge de la dite chanson, on a synchronisé un message de Kelly qui salue son amoureuse en citant Space Oddity:  » And I think my spaceship knows which way to go, Tell my wife I love her very much, she knows… » Ouf! Bono a terminé la chanson en chantonnant Bowie. Fameux.

Si vous y allez (ou y retournez) ce soir, prenez d’abord votre mal en patience. Les trois stations de métro entre Snowdon et Namur vont aiguiser votre tolérance envers votre prochain. Apportez une bouteille d’eau, on ne vous la confisquera pas à l’entrée, mais on vous enlèvera son bouchon. Si vous êtes au parterre, choisir de louper la toute dernière chanson du dernier rappel raccourcira votre retour à la maison de 2h. Bon show!

 

Setlist:

  1. Space Oddity
    (David Bowie song) (Intro music)
  2. (Remix version)
  3. (with « Tryin’ to Throw Your … more)
  4. (with « Anthem » and « Where Have … more)
  5. (with « The Promised Land » snippet)
  6. (with « Space Oddity » snippet)
  7. (with « My Kind Of Town » snippet)
  8. (Remix version, with « Miss You »… more)
  9. (with « You’ll Never Walk Alone » snippet)
  10. Encore:
  11. (with « Will You Still Love Me Tomorrow? » snippet)
  12. Encore 2: