Osheaga, jour 1: Janelle, reviens!

*Premier d’une série de trois survols du dernier grand festival musical montréalais de la belle saison, Osheaga.

Jazmin Million

Pris par le boulot, suis arrivé tard sur le site, à la hâte, ne voulant pas manquer l’une des performances les plus attendues de cette édition 2011 du festival – que dis-je, l’une des plus attendues depuis l’hiver 2010! -, celle de la jeune surdouée de la pop afro-américaine, Janelle Monae. Dès ma sortie du métro de l’île, je savais que je ne louperais rien, que j’étais au parc Jean-Drapeau, mais que je n’étais surtout pas à Osheaga…

Car, en croisant des collègues peu avant le concert de Monae, j’apprenais qu’on avait vendu en pré-vente plus de billets pour cette première soirée du vendredi osheagesque que pour les journées du samedi et du dimanche mises ensemble. Les premiers chiffres officiels indiquent aussi que près de 80 000 entrées avaient été vendues (à date d’hier soir) pour la durée de l’événement – faites le calcul, on peut estimer à plus ou moins 45 000 spectateurs s’étant déplacés pour ce seul vendredi soir. Or, à vue d’oeil, 44 500 étaient là pour Eminem, et que pour lui. Timber Timber? Broken Social Scene? Ces pauvres Bran Van 3000 qui se démenaient un peu tout croche (pardonnez du pléonasme…) avant Janelle? Rien à branler. Ce n’était pas la foule habituelle d’Osheaga, c’était un public de fans de Shady, totalement extatique de pouvoir enfin voir celui qui n’était pas venu chez nous depuis 11 ans (rappel: la dernière fois, c’était au Centre Bell, en première partie de Limp Bizkit…).

En clair, la pauvre Janelle n’a pas reçu l’accueil montréalais qui lui était dû. Et nous, fans, qui la voyions pour la première fois, sommes restés sur notre faim. Frustrés de mesurer combien cette artiste sait (déjà) en mettre plein la vue, alors qu’il y eut trop peu à voir – avec le jour qui tombait derrière la scène, on distinguait mal l’action, les écrans géants la rendaient mal – et à entendre – sono pas fameuse pour la première moitié de son spectacle. Zut et re-zut.

Ah!, ce qu’on donnerait pour la voir au Métropolis! Imaginez la scène: section de cordes, petite section de cuivres (trompette et trombone), batteur et percussionniste, choristes vêtues vraisemblablement par le styliste de Sun Ra, le reste de cet orchestre solide à l’os, et Janelle, impériale, qui invoque James Brown de la tête aux pieds qu’elle a d’agiles. Cette manière qu’elle a de bouger sur scène, toujours sur le rythme, frétillante et entraînante, c’était particulièrement patent pendant son succès Tightrope, un hommage au Godfather of Soul autant dans les arrangements funk bruts que dans cette façon autoritaire dont elle commande son orchestre.

Débutant avec les arrangements orchestraux de Suite II Overture – la première chanson de son excellent premier album-concept, The Archandroid (Suites II & III) -, Monae a malaxé les genres, pop, rock, soul, r&b, hip hop, funk, pressant son répertoire en une trop petite heure, malgré l’accueil froid de la foule et les problèmes de son (problèmes de retour, notamment, elle avait un peu de mal à s’entendre et garder la note juste). En vrai pro, elle a tout de même offert une bonne performance, mais ne s’adressait pas à la foule, qui préférait discuter et faire des provisions de bières en attendant Slim Shady…

Entre ses propres chansons, elle reprend de brillante manière Stevie Wonder (My Cherie Amour) et Michael Jackson (fameuse version de I Want You Back, le timbre de voix de Monae évoquant même celui du jeune Jackson!). Quelques effets de mise en scène viennent colorer la performance – on lui apporte des capes, pendant l’épique Mushroom & Roses, elle chante en peignant une toile avec un gros pinceau -, mais le clou est arrivé pendant l’enchaînement de ses deux plus grosses chansons, Cold War et cette Tightrope que tous connaissent sans savoir qui chante à cause de cette pub de Chevrolet Cruize qui passe en boucle à la télé.

C’était l’espoir d’un concert magistral s’il avait été présenté dans de meilleures conditions, devant de vrais fans, et sans contraintes d’horaires. Ç’aurait même sans doute été meilleur si le concert avait été présenté aujourd’hui ou demain, devant un autre type de public. Faut la réinviter. D’urgence.

Mais pour les 44 500 autres spectateurs, le plat de résistance allait être bientôt servi. En faisant abstraction des irritants problèmes de microphone, ils n’ont pas été déçus: Eminem nous conviait à être témoins de son « rétablissement » – « Recovery », comme le titre de l’album récent qui l’a ramené au sommet des palmarès. Un retour à petits pas: le rappeur de Détroit n’offrait que trois spectacles, sans doute le prélude à une vraie tournée mondiale (on gage sur son retour au Centre Bell bientôt?). Sans doute? La performance qu’il a offert était béton. Vingt-quatre chansons en 90 minutes, plusieurs tirées de Recovery mais les classiques ne manquaient pas, et, surtout, la tangible impression que le type avait l’appétit de la scène. Hargneux, énergique, il a haché ses rimes avec le style mitraillette qui a fait sa renommée.

Reste que les soucis de microphone ont en partie gâché notre plaisir.  Ça a duré pendant presque tout le concert: parfois, lorsqu’il chantait/rappait, aucun son ne se rendait jusqu’à nous; pendant l’accrocheuse et récente No Love, un duo avec Lil’Wayne (dont il a salué le retour à la liberté) sur un sampling de What is Love de Haddaway, c’est tout comme si Em était muet! Et on avait pourtant fait un test de son de deux heures! Les premières minutes, ça va. À la moitié du spectacle, ça va faire.

Les Montréalais ont été bon public et remplissaient le vide en récitant les rimes sur les titres les plus connus – Square Dance du The Eminem Show offerte en troisième, Kill You deux titres plus tard, Cleanin’ Out my Closet et l’énorme The Way i Am peu après…  Son collègue de Détroit Royce da 5’9 » est apparu pour deux chansons (on n’a rien entendu de sa première, Fast Lane), puis Eminem a enchaîné d’autres classiques sur le mode ballade, Stan, Sing for the Moment, Toy Soldier. La finale a foudroyé la foule : medley des incontournables My Name Is, The Real Slim Shady, Without Me, puis Not Afraid et, au rappel, Lose Yourself.

La suite de ce survol, demain.

Photo: Jazmin Million – sa galerie Flickr