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Dans La Presse: Apple s’offre Lala.com

Voici la version non-éditée du papier paru aujourd’hui dans La Presse et sur Cyberpresse, Apple s’offre Lala.com

Apple s’offre Lala.com: bienvenue sur le « nuage »

Les nouvelles concernant Apple sont rarement anodines, et cette dernière acquisition ne fait pas exception. Vendredi dernier, le Wall Street Journal a confirmé les rumeurs voulant que le géant de l’informatique se portait acquéreur du service de diffusion et de distribution musicale en ligne Lala.com, pour une somme indéterminée.
À l’origine en 2006, Lala.com était une plate-forme d’échange de CD usagés qui, dès l’année suivante, a migré vers un service de téléversement de fichiers mp3 et d’écoute en ligne. Depuis, ses usagers peuvent y téléverser leurs fichiers musicaux pour en faire l’écoute, acheter des fichiers mp3 ou, pour une fraction du prix (0,10$), acheter le droit d’écouter, en streaming, une chanson du catalogue de 8M de titres du service.
Lala.com a conclu des ententes avec les majors de l’industrie du disque, cependant non-transférables à de nouveaux acquéreurs. Plus récemment, Lala.com était cité dans cette nouvelle alliance entre Google et d’autres plates-formes pour former Google Music, uniquement disponible aux internautes américains. Lala.com est également présent sur Facebook.
Les analystes ont offert une panoplie d’explications pour justifier cet achat, que le Wall Street Journal a qualifié de « vente de feu ». La majorité d’entre eux pointent en direction du « nuage » (cloud), terme employé pour qualifier des outils, des applications et des données disponibles sur le web plutôt que storés sur le disque dur de son ordinateur personnel.
Or, pour certains, cette acquisition indique qu’Apple pourrait être tenté d’offrir un service de diffusion à la carte, selon un modèle de paiement mensuel déjà adopté par Microsoft (la Zune Pass), Rhapsody et d’autres.
Toutefois, selon le New York Times, qui cite une source anonyme proche du dossier, Apple serait plutôt motivé par l’acquisition de l’expertise des ingénieurs et programmeurs de Lala.com, qui pourraient développer pour Apple un service de storage en ligne permettant aux clients d’Apple/iTunes Store d’avoir accès à leur discothèque n’importe où, n’importe quand, via le web.
L’acquisition de Lala.com par Apple survient alors que la notion de « nuage » fait réfléchir les observateurs, notamment parce que l’actualité musicale est fébrile sur ce front: inauguration de Google Music, arrivée imminente du service Spotify sur le marché nord-américain, lancement de la version revampée du service de réseautage social et musical MOG (le MOG All Access, buffet musical ouvert à 5$/mois), l’achat récent de iLike par MySpace, etc.
Ainsi, les plus optimistes voient dans le « nuage » une planche de salut pour l’industrie de la musique, une avenue plus viable que le commerce des fichiers mp3 à 0,99$/pièce – monétariser l’accès à la musique, plutôt que l’achat de celle-ci.
Ce « nuage » serait tout désigné pour les utilisateurs de l’iPhone, qui sauraient avoir accès à leur discothèque en tout temps grâce à internet. D’ailleurs, Lala.com confirmait il y a quelques semaines qu’une application iPhone/iPod Touch était sur le point d’être lancée.
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Gala ADISQ: Lendemain de veille

Matinée de bilans, donc, à l’aulne des résultats de scrutins (musicaux, municipaux) qui nous ont été dévoilés hier soir. Permettez que je saute dans le train, pour conclure que, dans un cas comme dans l’autre, ce fut une soirée plutôt ordinaire… Je laisse la politique municipale aux autres, et abonde plutôt sur le cas du Gala de l’ADISQ.

Rien à redire sur l’animation, je crois que Louis-José Houde est l’homme de la situation, ainsi qu’il l’a encore démontré. Reste que ce show manque cruellement de rythme, du medley inaugural jusqu’au combat de gorges Ginette Reno VS Marc Hervieux. Lorsqu’on en vient à applaudir une performance finalement quelconque de Jean Leloup, c’est que la soirée était bien terne (j’ajoute un second merci à Leloup, le premier à donner de l’ovation debout à Madame Martel, Leloup qui, de surcroît, avait l’air de vouloir botter le siège de ses voisins de derrière qui dormaient au gaz). Du punch, de l’habillage, du souffle, que diable! Même la scène était drabe.

Pour le reste – ici, la liste complète des gagnants – , je joins ma voix à celles des confrères (ici , ici , ici et ici): immense bravo à Renée Martel, viva Karkwa, et je suis franchement ravi pour Yann Perreau, bien que je préférais Gaston Miron et Gilles Bélanger. Quant aux autres, ben, le peuple a parlé.

Et maintenant, on fait quoi?

Telle sera sans doute LA question lors de la réunion debriefing du Gala de l’ADISQ. Cette 31e édition du Gala pourrait bien être la dernière d’une ère que les dissensions qui opposent l’association à Québécor ont mis à terme. Ironiquement, d’ailleurs, puisque comme le soulignait mon confrère Sylvain Cormier: « De fait, rarement a-t-on vu palmarès plus universellement gagnant ». Pierre Marchand a beau rechigner sur ce qu’il perçoit être un élitisme de la part de l’association et de ses membres votants et « préconise[r] plutôt une approche populaire » en suggérant l’organisation d’un autre gala (une version Artis Plus?)  « où le public pourra se prononcer », force est d’admettre que le Gala de l’ADISQ s’accordait cette année avec le refrain du président. En plus, le public se prononce – sur le Félix du Groupe de l’année par surcroît, une première.

Bien sûr, ça ne change rien au débat de fond, qui a été éclipsé derrière l’annonce de ce gala musical TVA. Le débat de fond, Alain Brunet le résume sur son blogue:

Le problème en résumé:

1. Le retrait de Quebecor de l’ADISQ se fonde sur un différend des mesures à prendre sur l’internet quand on est producteur de musique enregistrée.

2. Une fois sorti de l’association, Quebecor trouve aberrant que ses artistes en production ne puissent être éligibles aux galas de 2010. Renoncer à l’association des producteurs indépendants a des conséquences fâcheuses… qui mènent à une autre stratégie de développement.

3. Ainsi, Quebecor envisage de faire son propre gala, et poursuit sa marche vers l’intégration verticale des contenus cultuels produits et diffusés par l’entreprise.

4. L’ADISQ est confrontée au retrait d’artistes québécois très populaires, elle doit gérer cette crise bon gré mal gré.

Appuyant sa thèse, Marchand souligne qu’il est aberrant qu’on n’ait pu rendre hommage à Leonard Cohen sous prétexte qu’il ne soit pas membre de l’ADISQ. Soit. Il est encore plus aberrant que Arcade Fire n’ait été consacré par le milieu de la musique du Québec, alors que le monde célébrait sa musique.

Ainsi, parmi les solutions de sortie de crise qui s’offrent à l’ADISQ, il y a celle d’ouvrir les catégories aux artistes dont les producteurs ne sont pas membres de l’association, comme ça se fait d’ailleurs aux Junos, moyennant un montant d’inscription – aux Junos, les membres de la CARAS déboursent entre 30$ et 60$ par disque inscrit, entre 50$ et 80$ pour les non-membres. Et c’est là que ça devient intéressant.

À ce prix-là, à peu près tout le monde pourrait lancer son disque dans la course aux Félix. Les Anglos, les Richard Abel, les petits punks et les gros rappeurs. Les artistes de Musicor, mais aussi (surtout) tous ceux que tient à récompenser les organisateurs du GAMIQ, à défaut d’une véritable vitrine nationale. On s’émeut des intentions de Québécor de vouloir faire son propre gala, alors qu’on ne semble plus trop se formaliser de la tenue de la GAMIQ trois semaines avant le Gala de l’ADISQ, toujours une nécessaire opération de reconnaissance du talent local, qui plus est déterminée en partie par la voix du peuple.

Et si, en ouvrant le Gala de l’ADISQ aux non-membres, on pouvait faire de l’Autre Gala une véritable célébration de la diversité musicale québécoise? Et si ces changements de règles forçaient du coup l’ADISQ à faire le ménage dans ses catégories (pop? pop-rock? rock?) et permettre à d’autres d’être vraiment représentatives  – ex: Félix Album Électronique, trois nominations seulement… Bravo pour Numéro#, mais quid les deux autres?

Je rêve peut-être en couleurs, mais si la situation peut enfin évoluer, ce sera cette année, avant la tenue de la 32e édition du Gala de l’ADISQ. Il y a quelques années, Jean-Robert Bisaillon avait justifié la fin de l’Off-FrancoFolies en expliquant que la programmation extérieure du festival avait pratiquement intégré toutes les formations qui n’avaient droit de cité sur le pavé du centre-ville montréalais et qui garnissaient l’affiche de l’OFF. De même, le GAMIQ aura gagné lorsqu’il cessera d’exister parce que les artistes qu’on y récompense seront enfin reconnus par la grosse machine. Alors, on pourra barder de Félix Marie-Mai sur les ondes radiocanadiennes autant que Pierre Marchand le souhaitera, l’Autre Gala sera devenu véritablement représentatif de la qualité et de la diversité des musiciens d’ici.

Google Music Service: version longue

Voici la version longue du texte Google raffine la recherche de musique en ligne, publié sur La Presse/Cyberpresse, hier et aujourd’hui. De plus, je suis allé rendre visite, hier, à l’ami Michel Dumais durant son émission Citoyen Numérique, sur CIBL, pour discuter des enjeux de cette annonce. J’ajouterai le lien audio lorsque (si?) il sera disponible.

Google raffine la recherche de musique en ligne

Le moteur de recherche Google a confirmé jeudi soir dernier qu’il raffinera ses résultats de recherche spécifiques à la musique grâce Google Music Search. Pour y parvenir, le géant du web jouera les chefs d’orchestre devant une alliance d’entreprises spécialisées en contenu musical en ligne, avec la bénédiction des quatre majors de l’industrie du disque, Universal, Sony-BMG, EMI et Warner.

Les internautes états-uniens seront les premiers à pouvoir bénéficier de ces nouvelles fonctions. En résumé, lorsqu’un usager effectuera la recherche d’un artiste, d’un album ou d’une chanson sur Google, le moteur de recherche proposera, en tête des résultats, d’écouter une sélection d’enregistrements de l’artiste, des images, des clips, des informations (biographies, dates de concerts), les paroles de chansons, et même des liens pour pouvoir acheter les enregistrements.

Ainsi, pour écouter une chanson (en streaming), une petite fenêtre s’ouvrira, laquelle comportera notamment un lien vers une boutique en ligne. Ce sera une façon « simple, rapide et intuitive » de trouver de l’information et de découvrir la musique, proposant « une expérience musicale totale à même Google ».

La pertinence d’un tel service se justifie aux yeux de l’entreprise américaine parce que « les informations relatives à la musique, et même les paroles de chansons, comptent parmi les dix sujets les plus recherchés sur Google », indiquait en conférence de presse Marissa Mayer, vice-présidente aux produits de recherche de Google, qui ajoutait que Google Music Service est la suite logique des Google Images, Books et Maps déployés ces dernières années.

Ainsi, ce qui frappe d’abord dans cette annonce, c’est le nombre de joueurs impliqués dans la mise en place de ces nouvelles fonctions de recherche: MySpace (qui a récemment fait l’acquisition de l’outil iLike), LaLa.com (générateur de listes de lecture et boutique en ligne), Gracenote (qui collige l’information sur les enregistrements), Imeem (plate-forme de diffusion musicale), Pandora (webdiffuseur et outil de recommandation musicale) et Rhapsody (boutique en ligne), en plus des quatre majors.

Plusieurs interrogations subsistent suite à cette annonce, notamment la question des ententes monétaires en jeu – comment seront partagés les revenus publicitaires entre les majors?- et si une valeur est accordée à la diffusion en ligne, gratuite, des chansons autorisées. Qualifiée de « plate-forme ouverte » par les dirigeants de Google, le service de recherche spécialisé pourrait être amélioré dans l’avenir, et le géant américain envisage de rendre disponible ses nouvelles fonctions à d’autres pays.

L’alliance stratégique ravissait particulièrement ses deux principaux partenaires, MySpace et LaLa.com. Le premier, qu’on disait moribond depuis la fulgurante montée en popularité du concurrent Facebook, est déterminé à recentrer son mandat sur les services musicaux, seul élément encore pertinent de sa plate-forme. Son acquisition de l’outil iLike s’avère aujourd’hui judicieux. Quant à la boutique LaLa.com, bien conçue mais méconnue, elle profite elle aussi désormais d’une visibilité non-négligeable.

Absents de l’alliance sont les deux plus importants joueurs du commerce légal de fichiers musicaux, Apple et Amazon.com. Or, le geste de Google & associés semble surtout vouloir couper l’herbe sous le pied de Facebook, qui a récemment intégré une boutique de musique en ligne à son service de réseautage social, et surtout Microsoft, qui peine à imposer sa marque Zune sur le marché. De plus, les rumeurs lui prêtent l’intention de lancer un service de webdiffusion musicale à la carte, gratuit et illimité, à l’image de Spotify, qui se fait attendre en Amérique du Nord.

Enfin, les critiques ne manqueront pas de souligner que, malgré toutes les bonnes intentions de Google Music Service, le moteur de recherche continue d’indexer les liens vers les fichiers .torrent et autre sites de stockage de données (RapidShare, MediaFire et cie) permettant en quelques clics de télécharger, rapidement et illégalement, des albums complets…
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Donner? Non, échanger sa musique

Tout ça est la faute à Radiohead.

D »abord, étouffons le mythe: Thom Yorke et cie n’ont jamais donné l’album In Rainbows. Ils l’ont vendu, d’abord en format mp3, mais au prix fixé par l’internaute – ça pouvait être 13,99$, ça pouvait aussi être un gros zéro pointé, mais l’objectif n’était clairement pas de donner ses enregistrements, Radiohead voulant, par cette expérience socio-économique, mesurer quelle pouvait être la valeur d’un de leurs albums aux yeux de leurs fans.

Entre donner et vendre, donc, il y a une nuance qui a souvent échappé à mes collègues et qui, aujourd’hui, a fini par déteindre sur le discours de certains acteurs de l’industrie musicale dite « 2.0″.  Car la question est récurrente: donner, ou non, la musique? Sous-entendu: à quoi bon essayer de la vendre si on peut si facilement se la faire pirater? Ah, la quadrature du cercle.

C’est l’ami Pierre B.Gourde, de chez Indica, qui relançait la question avec ce texte, Partager sa musique en ligne, ce que @indicarecords propose…, publié il y a quelques jours. Un texte dont le premier mérite est de nous offrir la position du label vis à vis les enjeux technologiques qui bouleversent l’industrie du disque car, mine de rien, on ne sait trop à quelle enseigne logent les producteurs de musique d’ici face à ces enjeux (et que dire des principaux concernés, les artistes eux-mêmes?).

Que dit Pierre? D’abord, « je ne crois pas que garder un contrôle total sur la musique soit l’option idéale, mais tout donner non plus. » Prudence et sagesse même, mais surtout l’avis éclairé de celui qui tente de rallier le meilleur des deux mondes. Appelons ça, hum, la musique 1.5.

Concrètement, il suggère l’usage d’un widget pour diffuser gratuitement la musique des artistes d’Indica (c’était d’ailleurs le but de son texte, présenter l’outil) tout en les invitant à l’acheter si l’envie leur prend. Le widget est conçu par Topspin Media, firme américaine. Pierre me demande ce que j’en pense (du texte, de l’outil). Franchement, je n’en sais rien. Il fonctionne bien. Il fait ce qu’on lui demande. Il est moche, aussi (le widget, pas le texte). Tenez, le voici:

Pour acheter, il faut se farcir le formulaire, mais on l’achète directement de la boutique Indica en ligne. Bien sûr, c’est plus simple chez Apple (qui se garde 30% du montant de la transaction), pour ne nommer que le plus gros où on n’a qu’à s’inscrire une seule fois et cliquer ensuite sur le bon bouton pour acheter. Apple, où on peut d’ailleurs aussi trouver le nouveau Placard-MacBeth

L’un des patrons de Topspin met cependant en garde les producteurs: la valeur ajoutée de cette transaction, c’est l’information qu’on garde à propos de notre clientèle (et que son entreprise aussi doit garder, ne soyons pas dupes). Là dessus, il n’a pas tort. Donner? Non, échanger sa musique.  Contre un email – ça ne paye pas le loyer, convenons-en. Contre l’opportunité de mettre de la musique en streaming gratis sur son blogue. En espérant que d’autres trouvent le bouton « Acheter ». Quoi encore? Solution temporaire, pour peu qu’elle soit une solution tout court. Elles sont plusieurs, en réalité, Topspin n’est qu’une des dizaines de ces « solutions » musicales « 1.5″ (personnellement, j’ai une préférence pour le modèle de SoundCloud, j’y reviendrai bientôt), autant de sparadraps apposés sur le proverbial cancéreux.

Or, ces prochains jours promettent de faire bourdonner les analystes de tout acabit: annonce de l’alliance entre LaLa/iLike et Google, résurgence de la plate-forme MySpace qu’on croyait moribonde, arrivée promise de Spotify sur le marché nord-américain, les nouvelles vont débouler. En attendant, je salue Pierre et Indica d’essayer des affaires, et de favoriser les échanges avec les mélomanes internautes, pièce évidemment essentielle du casse-tête de la juste rétribution, via la grande toile, des créateurs.

AJOUT: Je reproduis ici un extrait du commentaire qu’à laissé Pierre B.Gourde à propos du widget d’Indica:

[...] je dois préciser que ce n’est pas TopSpin qui a monté le truc, mais plutôt Sumo (http://www.sumoindustries.com/) de Québec.
En fait, TopSpin ne prend rien qui n’ait pas un volume énorme. Même des poids-lourds d’ici qui ont une certaine envergure mondiale ne peuvent bénéficier du service TopSpin. Je me suis inspiré de leur système et de l’esprit de leur service!

Meilleur avant: 09.09.09.

Ainsi donc, les deux sociétés Apple – Corp. et Inc. – n’ont pas profité du symbolique 9 septembre 2009 pour annoncer l’arrivée du catalogue des Beatles sur la plate-forme iTunes Store. J’en fus le premier étonné. Sincèrement, j’aurais juré que ça y était, enfin. Me suis même fendu d’un texte sur le non-évènement en question, Les Beatles toujours absents d’iTunes, pour La Presse/Cyberpresse. Encore une fois, me voilà confondu par les rumeurs, pourtant assez bien fondées cette fois, il m’a semblé.

Et alors? Après mûre réflexion, je crois maintenant plutôt qu’il est logique que l’oeuvre des Beatles ne soit pas commercialisée sur une boutique de musique en ligne. Oh!, elle le sera sûrement un jour – Yoko Ono a, en quelque sorte, officialisé la chose dans cette entrevue censurée sur la chaîne Sky One -, mais tout ça n’a plus d’importance. S’ils le font, ce sera par commodité, tout bêtement.

Voyons-y. Admettons que vous n’ayez aucun disque des Beatles et que, juste là, à l’instant, il vous prend l’envie d’écouter, disons, I am the Walrus (mais si). Je ne vous donne pas 20 secondes que vous êtes en train de l’écouter. Avec juste un peu d’imagination, vous saurez bien l’écouter, en streaming, sur plusieurs autres plates-formes. Et avec à peine moins de scrupules, vous êtes en train de la télécharger dans la résolution sonore qui vous plait, non sans, bien sûr, avoir pris soin de vous assurer qu’il s’agissait bien de la nouvelle version remasterisée de ladite chanson, bande de pirates.

C’est la quadrature du cercle de l’industrie du disque: pourquoi payer pour ce qu’on peut obtenir gratuitement? Si les Beatles étaient sérieusement intéressés à commercialiser leur catalogue en fichier musical numérique, ils auraient mis les remastered en vente sur iTunes (ou n’importe quelle autre plate-forme) au moins une semaine AVANT la sortie du coffret.

Dès vendredi dernier, soit cinq jours avant la sortie des coffrets mono et stéréo des Beatles, ceux-ci coulaient sur un pisteur torrent privé, puis rapidement sur tous les autres. On peut aussi présumer que si un « insider » n’avait pas numérisé les coffrets avant le 09-09-09, le tout premier heureux propriétaire de ces jolis et coûteux coffrets aurait lui-même passé quelques heures à ripper et téléverser ces chansons. On peut aussi croire que les mélomanes justes et bons attendront qu’iTunes ou Amazon vende enfin ces fichiers pour nourrir leur balladeur numérique (d’ailleurs, peut-être que ces albums n’étaient simplement pas encore prêts dans le nouveau format iTunes LP?).

Or, il y a plus. Il y a que ces chansons nous appartiennent déjà, collectivement. Nous connaissons tous, parfois même apprécions, l’oeuvre des Beatles. Elle est partout, on sait tous chanter au moins un de ces fameux refrains. Par extension technologique, ces chansons nous semblent nous appartenir encore davantage, puisqu’elles ne nous sont qu’à portée de clic de souris. Que reste-t-il à vendre, alors?

Certainement pas des CD, l’entité qui représente l’oeuvre des Beatles en est bien consciente. Reste à vendre un jeu vidéo qui semble assez fameux merci, The Beatles: Rock Band. Deux grosses boîtes à au moins 200$/pièces, avec de beaux livrets bien rédigés et des photos inédites. Ou encore des billets pour un spectacle du Cirque du Soleil. Et tout ce qu’ils trouveront encore à fabriquer autour du mythe des Beatles. C’est ça qu’on vend: l’occasion de participer au mythe, un mythe qui, contrairement à celui d’Elvis, est encore perçu comme « cool » et fréquentable (pardon aux fans d’Elvis). Les coffrets remasterisés, les places pour Love à Las Vegas, la belle lutherie en plastique du jeu vidéo, c’est comme acheter une brique commémorative pour la place du Centenaire du Canadien, à côté du Centre Bell. Ou avoir son nom de donateur gravé sur l’accoudoir d’un siège au Monument-National. Faire partie de l’histoire, ça coûte cher, plus cher que 12,99$.

Avant, il suffisait d’acheter le long-jeu pour s’acheter un peu de l’histoire d’un groupe, pour faire partie de ce succès. Aujourd’hui, le disque n’est plus considéré qu’un support technologique comme un autre, il ne véhicule plus cette part de mythe – je conviens que le chose soit discutable, et la présumée réémergence du format vinyle saurait malmener ma thèse – , mais au bout du compte, les mélomanes aujourd’hui considèrent davantage acheter une application « brandée » à son groupe préféré, voire une sonnerie de téléphone,  pour son iPhone qu’une chanson ou un disque.

Pour dire franchement, les gestionnaires de l’oeuvre des Beatles ont fait deux beaux coups de gestion de patrimoine en ce 9 du 9 du 9. Le premier en lançant ce jeu vidéo, le second en signifiant, par son absence obstinée de l’iTunes Store, que l’histoire d’un groupe ne se réduit plus qu’à une dizaine de disques.



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