32e gala de l’ADISQ: prédictions
C’est mon tour au jeu des prédictions des gagnants du gala de l’ADISQ, diffusé ce soir à la SRC. Onze catégories, ainsi déclinées: une mention pour l’artiste que j’aimerais voir gagner (coup de coeur), une autre pour deviner qui devrait l’emporter (prévision). Cliquer sur le titre des catégories vous enverra sur le site de l’ADISQ détaillant toutes les mises en nominations, et pour télécharger le .pdf, c’est par ici (clic droit+sauvegarder)
Album de l’année – Folk contemporain
-coup de coeur: Un Toi dans ma tête, Luc de la Rochellière
-prévision: Silence, Fred Pellerin
J’en discutais hier soir avec un ami: Un Toi dans ma tête, mis cinq fois en nomination cette saison, est l’un des meilleurs albums québécois de l’année survolée par le gala de l’ADISQ. Lui, mélomane avisé sur le produit local, n’en avait pas entendu une note. Combien d’exemplaires vendus? Beaucoup moins que du Silence de Fred Pellerin, déjà récipiendaire du Félix Album de l’année – Traditionnel [correction: ce n'est pas Fred, mais son frère Nicolas qui a remporté le trophée. Merci à la vigilence de @chroniquestrad !]. Pas un mauvais album en soi, ce Silence, mais le poids des ventes risque fort de faire de l’ombre à Un Toi dans ma tête, qui mériterait d’une tribune comme celle du gala pour qu’on le découvre et le reconnaisse à sa juste valeur. Ah!, au fait: voulez-vous bien me dire ce que l’Homme autonome de Damien Robitaille vient faire dans la catégorie Folk contemporain?
-coup de coeur: Traces, Dumas
-prévision: Nous, Daniel Bélanger
On a beau souligner à nouveau que les catégories d’albums Pop, Pop-rock et Rock sont à toutes fins interchangeables, la liste des nominations pour l’Album de l’année – Pop-rock est loin d’être triste – c’est sûrement la plus intéressante des catégories d’albums de la soirée. Le coeur penche pour Dumas, autant pour la démarche que pour le résultat de celle-ci, mais on pressent le fédérateur Daniel Bélanger pour coiffer les quatre autres au poteau.
-coup de coeur: Requiem pour les sourds, Vulgaires Machins
-prévision: Dans mon corps, Les Trois Accords
J’ai peur. Et si Marjo ou Marie-Mai volait le trophée? Très concevable. Deux concurrents me paraissent cependant s’élever du lot: le coup de coeur Vulgaires Machins, pour Requiem pour les sourds (ne serait-il pas joli de les voir monter chercher leur Félix alors qu’on entend Parasite jouer derrière? Sweet sweet irony…), et Les Trois Accords, que je donne gagnants pour Dans mon corps. Bref, s’il y a une justice en ce bas monde, ce sera la catégorie Indica, qui a aussi glissé le Bushido de Xavier Caféïne dans le top 5.
Auteur ou compositeur de l’année
-coup de coeur: Luc de la Rochellière
-prévision: Luc de la Rochellière
Alors là, je vais me fermer les yeux au moment de lire le petit carton dans l’enveloppe. Si Luc de la Rochellière l’échappe, ce sera la commotion chez les amis de la chanson. Luc est, de très loin, le plus talentueux des cinq nominations, qu’il faut détailler simplement pour souligner combien la compétition est faible cette année. Bien sûr qu’on aime bien le travail de Damien Robitaille, Radio Radio, les Trois Accords et Moran (dans cet ordre de préférence), mais les textes suavement naïfs du premier, les colorés régionalismes des seconds, l’absurde assumé des troisièmes et la poésie candide du dernier n’arrivent pas (encore) à la cheville de la plume de Luc. Y’a même pas photo. Luc de la Rochellière a remporté une fois le Félix Auteur-compositeur-interprète de l’année (en 1989) et a été mis en nomination deux autres fois dans cette catégorie.
-coup de coeur: Reste, Daniel Bélanger
-prévision: Recommancer tout à zéro, William Deslauriers
Alors, là, c’est le wild guess. Je n’écoute pas assez les radios pour pouvoir faire une prédiction éclairée sur la chanson qui remportera la faveur populaire. Coup de coeur pour Reste, une des meilleurs du dernier Bélanger, mais je suis prêt à miser un vieux deux sur l’Académicien, récipiendaire de la pire pochette de disque de l’année.
-coup de coeur: Karkwa
-prévision: Karkwa
Ça me parait l’évidence même: après la riche année que les musiciens viennent de passer, le Félix du Groupe de l’année leur revient de droit. Le processus pourrait brouiller les pistes: cette catégorie étant désormais soumise au vote populaire, elle constituera une sorte de référendum sur la portée réelle (lire: hors du cercle des mélomanes des grands centres) de Karkwa. J’accorde alors une solide chance aux Trois Accords. Notons par ailleurs la prévisibilité de cette catégorie; rien en soi à reprocher à Mes Aïeux, les Cowboys Fringants ou les Trois Accords, mais ça manque cruellement de relève dans la ligue de l’ADISQ…
Interprète féminine de l’année
-coup de coeur: Coeur de Pirate
-prévision: Ginette Reno
Une solide catégorie, faut-il admettre. Coeur de Pirate mériterait la statuette, mais par la force du vote populaire devrait pencher en faveur de Ginette Reno, le Gibraltar de la chanson populaire d’ici…
Interprète masculin de l’année
-coup de coeur: Yann Perreau
-prévision: Maxime Landry
Tiens, pas de Nicolas Ciccone ici? Une sélection nettement moins intéressante que son penchant féminin. Coup de coeur pour Yann Perreau, mais que peut-il contre Maxime Landry, le charmeur de ces madames?
-coup de coeur: Bernard Adamus
-prévision: Maxime Landry
Pas un grand cru que la catégorie Révélation de l’année… telle que cernée par l’ADISQ. Écartelée entre Marc Hervieux et Bernard Adamus, je ne crois pas qu’elle témoigne de la diversité du paysage musical québécois, comme l’a justifié quelqu’un de l’ADISQ dans un papier récemment (désolé, je ne me souviens plus où j’ai lu ça), plutôt de l’incohérence du processus de mise en nomination. Exemple: j’adore Galant tu perds ton temps. Vraiment. Mais en quoi seraient-elles des Révélations de l’année? Et Marc Hervieux? Parce qu’il pousse désormais la note pop, après vingt ans d’opéra? Bref, la vraie, l’authentique révélation de l’année, c’est Bernard Adamus. Il perdra face à Maxime Landry, pour toutes les mauvaises raisons que vous voudrez, en espérant que je me trompe.
Spectacle de l’année – auteur-compositeur-interprète
-coup de coeur: Yann Perreau
-prévision: Damien Robitaille
Très belle catégorie. Détaillons: les concerts de Marie-Pierre Arthur que j’ai vus étaient agréables, mais approximatifs sur le plan de l’exécution. Manque de raffinement, manque d’expérience, surtout, il y avait place à amélioration. Coeur de Pirate? Elle s’est considérablement améliorée depuis ses premières scènes, et pour l’avoir vu en Europe, ce spectacle magnétise. Pourtant, sa présence scénique me paraît désincarnée et, oui, son articulation famélique me décourage. Pas (encore) pour elle, ce Félix. Luc de la Rochellière a donné un concert magnifique dans la foulée de Un Toi dans ma tête, un concert que je vous invite à voir, et voilà la faille: je crains qu’on ne l’ait assez vu. Mon coup de coeur revient plutôt à Yann Perreau, bête de scène incarnée qui a cette fois un répertoire béton à offrir. Franchement, je ne sais pas vraiment pourquoi je donne Damien gagnant. Parce que je suis un fan, ou parce que ses concerts sont charmants et drôles, ou parce que j’aimerais bien qu’il gagne un prix en ondes, juste pour entendre son discours de remerciements? Vincent Vallières pourrait surprendre, ce type-là tourne sans arrêt, il est aussi d’une grande générosité en spectacle.
Spectacle de l’année – interprète
-coup de coeur: 12 Hommes Rapaillés
-prévision: Les Belles-soeurs
Catégorie pour le moins intéressante, à cause de la présence de deux remarquables et originales productions. J’ai tendance à croire à une lutte à deux, même si Ginette Reno pourrait être la seule à leur barrer la route. Je préfère les chansons composées à partir des textes de Miron, mais je salue l’audace et la très haute tenue du projet Les Belles-soeurs.

Paru dans La Presse/Cyberpresse samedi dernier,
Petite tranche de vie musicale, si vous le voulez bien, parce qu’il n’y a pas assez de sons ici…