Latest Entries

Dans La Presse: Apple s’offre Lala.com

Voici la version non-éditée du papier paru aujourd’hui dans La Presse et sur Cyberpresse, Apple s’offre Lala.com

Apple s’offre Lala.com: bienvenue sur le « nuage »

Les nouvelles concernant Apple sont rarement anodines, et cette dernière acquisition ne fait pas exception. Vendredi dernier, le Wall Street Journal a confirmé les rumeurs voulant que le géant de l’informatique se portait acquéreur du service de diffusion et de distribution musicale en ligne Lala.com, pour une somme indéterminée.
À l’origine en 2006, Lala.com était une plate-forme d’échange de CD usagés qui, dès l’année suivante, a migré vers un service de téléversement de fichiers mp3 et d’écoute en ligne. Depuis, ses usagers peuvent y téléverser leurs fichiers musicaux pour en faire l’écoute, acheter des fichiers mp3 ou, pour une fraction du prix (0,10$), acheter le droit d’écouter, en streaming, une chanson du catalogue de 8M de titres du service.
Lala.com a conclu des ententes avec les majors de l’industrie du disque, cependant non-transférables à de nouveaux acquéreurs. Plus récemment, Lala.com était cité dans cette nouvelle alliance entre Google et d’autres plates-formes pour former Google Music, uniquement disponible aux internautes américains. Lala.com est également présent sur Facebook.
Les analystes ont offert une panoplie d’explications pour justifier cet achat, que le Wall Street Journal a qualifié de « vente de feu ». La majorité d’entre eux pointent en direction du « nuage » (cloud), terme employé pour qualifier des outils, des applications et des données disponibles sur le web plutôt que storés sur le disque dur de son ordinateur personnel.
Or, pour certains, cette acquisition indique qu’Apple pourrait être tenté d’offrir un service de diffusion à la carte, selon un modèle de paiement mensuel déjà adopté par Microsoft (la Zune Pass), Rhapsody et d’autres.
Toutefois, selon le New York Times, qui cite une source anonyme proche du dossier, Apple serait plutôt motivé par l’acquisition de l’expertise des ingénieurs et programmeurs de Lala.com, qui pourraient développer pour Apple un service de storage en ligne permettant aux clients d’Apple/iTunes Store d’avoir accès à leur discothèque n’importe où, n’importe quand, via le web.
L’acquisition de Lala.com par Apple survient alors que la notion de « nuage » fait réfléchir les observateurs, notamment parce que l’actualité musicale est fébrile sur ce front: inauguration de Google Music, arrivée imminente du service Spotify sur le marché nord-américain, lancement de la version revampée du service de réseautage social et musical MOG (le MOG All Access, buffet musical ouvert à 5$/mois), l’achat récent de iLike par MySpace, etc.
Ainsi, les plus optimistes voient dans le « nuage » une planche de salut pour l’industrie de la musique, une avenue plus viable que le commerce des fichiers mp3 à 0,99$/pièce – monétariser l’accès à la musique, plutôt que l’achat de celle-ci.
Ce « nuage » serait tout désigné pour les utilisateurs de l’iPhone, qui sauraient avoir accès à leur discothèque en tout temps grâce à internet. D’ailleurs, Lala.com confirmait il y a quelques semaines qu’une application iPhone/iPod Touch était sur le point d’être lancée.
-30-

Fixation musicale: Yuh Love, Vybz Kartel

Pochette Yuh LoveElle m’obsède depuis des semaines, me suit sur repeat dans le iPod, s’insère facilement dans mon top 10 des singles de 2009:  Yuh Love de Vybz Kartel, sur le Smoke Machine Riddim, une production du Brooklynois Dre.Skull, parue en août dernier sur son excellent petit label, Mixpak Records. Sick, sick tune.

Bel exploit pour cette tentative de dancehall/électro-pop champ gauche made in New York:  elle jouit ces jours-ci de la faveur des télés jamaïcaines, qui font tourner le clip et mettent de la pression sur les radios de l’île pour qu’elles emboitent le pas.

Pour Vybz Kartel, abonné aux controverses et l’un des deux protagonistes de la « guerre musico-sociale » opposant les clans Gully et Gaza (histoire troublante et fascinante sur laquelle je me pencherai bientôt), Yuh Love est d’un bon goût qu’on ne lui reconnaissait pratiquement plus depuis la salace Ramping Shop (feat. Spice).  Pour Dre.Skull, ça commence à ressembler à une consécration dans la patrie du reggae. Le producteur, DJ et remixeur ouvre son horizon musical à toutes tendances « urban », sur la même longueur d’ondes que l’ami Poirier, mais avec une touche bien différente. On vous recommande toujours le podcast qu’il a réalisé pour XLR8R le mois dernier, agréable écoute.

Yuh Love, Vybz Kartel, sur iTunes

#musicmonday: un nouvel album des Beatles!

cassetteLa curiosité de la semaine: un type qui se fait appeler James Richard s’arrête sur le bord de la route pour faire courir son chien, le 9 septembre dernier (number nine, number nine…). En poursuivant son cabot dans un champ, il tombe dans un trou de lièvre et, heu, se réveille dans une chambre avec un tas d’appareils électroniques. Je vous laisse lire la suite de son histoire hallucinée, mais, pour faire court, Richard revient de cet « univers parallèle » avec la cassette d’un nouvel album des Beatles intitulé Everyday Chemistry. Car, dans l’univers parallèle qu’il venait de visiter, les Beatles ne se sont jamais séparés (ce n’est pas clair si Yoko Ono existe dans ledit univers).

Sur son site web, thebeatlesneverbrokeup.com, Richard offre aux visiteurs de télécharger l’album, onze « nouvelles chansons » qui ne tromperont pas les beatlemaniaques: il s’agit là d’un montage, fort habile, d’extraits de chansons des albums solo des quatre Beatles. Le plus drôle, c’est que le métadata attribue toutes ces chansons aux Beatles même. Et curieusement, si les chansons sont franchement assez bonnes, elles ne sonnent pas du tout comme la musique des Beatles, surtout parce que la production sonne trop « moderne » pour être vraie.

Bref, tout ça est très drôle, et à télécharger depuis le site web du type. Ne tardez pas, cependant: m’est d’avis que ça ne restera pas longtemps en ligne…

Trailer de Gainsbourg (vie héroïque)

Trouvée chez Marc-André Lussier, la bande-annonce du biopic de Serge Gainsbourg:

Et tant qu’à faire, voici aussi le teaser trailer, dévoilé il y a quelques mois:

En tant que fan fini de l’oeuvre de Gainsbourg, je ne peux faire autrement que craindre que ce film puisse s’avérer médiocre, d’autant plus que son réalisateur, le bédéiste Joann Sfar, n’en est qu’à son premier long métrage. Je suis, par contre, totalement abasourdi par le casting. L’acteur Éric Elmosnino est hallucinant de vérité en Gainsbourg, et Laetitia Casta, modelée façon Bardot, semble franchement convaincante sur la bande-annonce.

Le film sort le 20 janvier 2010 en France. Pas encore de date ici.

#mm: Tracks and Traces, Harmonia ’76

333L’idée des #MusicMondays me plaît bien, je vais essayer d’en prendre l’habitude, mais en suggérant plutôt des musiques libres de droits et/ou offertes gratuitement sur la toile. On commence avec une pièce (au titre approprié) qui a berçé ma fin de semaine d’été indien, Sometimes in Autumn (Shackleton remix) de Harmonia & Eno.

En 1997, Ryko déterrait un véritable trésor pour tout amateur de krautrock:  les enregistrements d’une session durant laquelle les membres de Harmonia – « supergroupe » de musiciens d’avant-garde rock allemands constitué du regretté guitariste Michael Rother de NEU! et des deux membres de Cluster, Hans-Joachim Roedelius et Dieter Möbius – rencontraient le déjà illustre Brian Eno. Ces bandes, dont l’existence était connue des aficionados et qui étaient considérées perdues, sont demeurées inédites jusqu’à ce que Ryko mette le grappin dessus. La rencontre s’étant faite en septembre 1976, Ryko a simplement baptisé le projet Harmonia ’76 pour le distinguer des deux précédents albums de Harmonia, et l’a mis en marché, emballé  dans une pochette assez moche, sans livret, par surcroît.

Qu’importe: ce disque, je l’ai usé à la corde. La pochette horrible et l’absence d’infos sur les origines de ces bandes ajoutaient au mystère qui se dégage de ces compositions, un enchaînement de chansons plus ambiantes et atmosphériques que rock, aux durées variables (entre 1m30 et 16 minutes), aux textures absolument fascinantes.

Il y a sur Tracks and Traces une douce mélancolie qu’on retrouve peu sur les enregistrements de l’époque krautrock, beaucoup plus chez le Eno de l’époque. En contrepartie, l’instrumentation, la palette sonore, est indéniablement celle de Cluster, alors que la guitare de Rother est cette fois beaucoup moins abrasive que sur les albums de NEU!. Je me souviens encore de la première fois que j’ai entendu Vamos companeros, la chanson qui ouvre le disque, hypnotique strumming de guitare acoustique qui vaque sur une ligne de basse rampante:

La fin de 1976 pourrait être considéré comme une sorte d’âge d’or pour Brian Eno, ainsi qu’un second souffle de créativité et de notoriété pour la scène rock avant-gardiste allemande. Eno avait depuis longtemps quitté Roxy Music pour accoucher de ses albums majeurs, dont Taking Tiger Mountain (By Strategy) (1974) et Another Green World (1975). Sa collaboration avec Robert Fripp, (No Pussyfooting) (1973) et le tout aussi fascinant Discreet Music (1975) avaient déjà pavé la voie pour la musique ambiante, au sens populaire du terme.

Pendant ce temps, la créativité qui émergeait de la scène rock allemande attirait David Bowie qui, en 1976, s’installait à Berlin-Ouest pour entamer sa « trilogie berlinoise » – Low (1977), Heroes (1977) et Lodger (1979) – à laquelle a bien sûr collaboré Eno. Je présume que c’est pour aller payer une visite à Bowie que Brian Eno s’est retrouvé en Allemagne en 1976, l’histoire veut toutefois qu’il ait séjourné à Forst, avec les gars d’Harmonia, pendant 11 jours durant lesquels ont été enregistrées ces bandes longtemps perdues.

Tout ça pour dire que le label Grönland Records a réédité en septembre dernier Tracks and Traces, avec livret et une pochette à peine plus jolie (on doit aussi à Grönland la réédition des trois albums de NEU!). Or, pour souligner l’événement, Grönland a commandé à deux illustres représentants de la scène dubstep britannique, Shackleton et Appleblim (ce dernier aidé par Komonazmuk) des remixes de deux titres de Tracks and Traces. La plate-forme RCRDLBL.com vous offre la possibilité de télécharger gratuitement Sometimes in autumn (Shackleton mix), ce que je ne saurais trop vous recommander, c’est du cachemire pour les oreilles.

Si l’excellent By the Riverside (Appleblim & Komonazmuk remix) vous intéresse, vous le trouverez notamment chez iTunes. L’album Tracks and Traces est aussi disponible ici.

En attendant King Midas Sound

king_midas_sound_waiting_for_you_albumcoverPetite tranche de vie musicale, si vous le voulez bien, parce qu’il n’y a pas assez de sons ici…

Y’a des jours comme ça où on n’a qu’envie de débrancher le téléphone et passer à travers une pile de bons disques. J’ai encore la compilation 5:5 Years of Hyperdub accrochée au lobe de l’oreille, magnifique et moderne exploration des nouvelles tendances électroniques. Mais, plutôt déçu de la dernière livraison du Néérlandais 2562 – l’album Unbalanced, son second, lancé sur Tectonic, le label du parrain de la scène dubstep de Bristol, DJ Pinch, j’en ferai la critique dans La Presse cette semaine-, je trépigne d’impatience en attendant le 30 novembre prochain, lorsque paraîtra enfin Waiting For You, le premier disque de King Midas Sound.

Qui ça? Kevin Martin de son vrai nom, vétéran de la scène électronique britannique qui, depuis près de 20 ans, travaille sous une pléthore de pseudos, Techno Animal, The Bug (son plus connu), et donc, tout récemment, King Midas Sound. Ah!, et aussi Black Chow, projet secret mené avec sa copine Kiki Hitomi qui n’a accouché que d’une chanson, Purple Smoke, qu’on retrouve sur la récente compilation du label Hyperdub:

Purple Smoke – Black Chow

J’ai entendu cette chanson alors qu’elle était tout juste sortie des circuits informatiques de son studio, l’été dernier, lorsque je lui ai parlé en prévision de son concert au FIJM. Étrange et enveloppant – c’est exactement ce que j’espère de Waiting For You, qu’on annonce comme une contemplative mixture de reggae minimaliste électronique et de dub poetry, gracieuseté du deejay et chanteur Roger Robinson. Premier et alléchant extrait, Meltdown, aussi sur la compilation Hyperdub:

Meltdown – King Midas Sound

Parfaite musique pour ces journées brumeuses. D’autres extraits sonores, ici. King Midas Sound a déjà deux EPs à son actif, qu’on peut acheter sur Bleep.com (vinyle seulement) et sur iTunes Store.

Gala ADISQ: Lendemain de veille

Matinée de bilans, donc, à l’aulne des résultats de scrutins (musicaux, municipaux) qui nous ont été dévoilés hier soir. Permettez que je saute dans le train, pour conclure que, dans un cas comme dans l’autre, ce fut une soirée plutôt ordinaire… Je laisse la politique municipale aux autres, et abonde plutôt sur le cas du Gala de l’ADISQ.

Rien à redire sur l’animation, je crois que Louis-José Houde est l’homme de la situation, ainsi qu’il l’a encore démontré. Reste que ce show manque cruellement de rythme, du medley inaugural jusqu’au combat de gorges Ginette Reno VS Marc Hervieux. Lorsqu’on en vient à applaudir une performance finalement quelconque de Jean Leloup, c’est que la soirée était bien terne (j’ajoute un second merci à Leloup, le premier à donner de l’ovation debout à Madame Martel, Leloup qui, de surcroît, avait l’air de vouloir botter le siège de ses voisins de derrière qui dormaient au gaz). Du punch, de l’habillage, du souffle, que diable! Même la scène était drabe.

Pour le reste – ici, la liste complète des gagnants – , je joins ma voix à celles des confrères (ici , ici , ici et ici): immense bravo à Renée Martel, viva Karkwa, et je suis franchement ravi pour Yann Perreau, bien que je préférais Gaston Miron et Gilles Bélanger. Quant aux autres, ben, le peuple a parlé.

Et maintenant, on fait quoi?

Telle sera sans doute LA question lors de la réunion debriefing du Gala de l’ADISQ. Cette 31e édition du Gala pourrait bien être la dernière d’une ère que les dissensions qui opposent l’association à Québécor ont mis à terme. Ironiquement, d’ailleurs, puisque comme le soulignait mon confrère Sylvain Cormier: « De fait, rarement a-t-on vu palmarès plus universellement gagnant ». Pierre Marchand a beau rechigner sur ce qu’il perçoit être un élitisme de la part de l’association et de ses membres votants et « préconise[r] plutôt une approche populaire » en suggérant l’organisation d’un autre gala (une version Artis Plus?)  « où le public pourra se prononcer », force est d’admettre que le Gala de l’ADISQ s’accordait cette année avec le refrain du président. En plus, le public se prononce – sur le Félix du Groupe de l’année par surcroît, une première.

Bien sûr, ça ne change rien au débat de fond, qui a été éclipsé derrière l’annonce de ce gala musical TVA. Le débat de fond, Alain Brunet le résume sur son blogue:

Le problème en résumé:

1. Le retrait de Quebecor de l’ADISQ se fonde sur un différend des mesures à prendre sur l’internet quand on est producteur de musique enregistrée.

2. Une fois sorti de l’association, Quebecor trouve aberrant que ses artistes en production ne puissent être éligibles aux galas de 2010. Renoncer à l’association des producteurs indépendants a des conséquences fâcheuses… qui mènent à une autre stratégie de développement.

3. Ainsi, Quebecor envisage de faire son propre gala, et poursuit sa marche vers l’intégration verticale des contenus cultuels produits et diffusés par l’entreprise.

4. L’ADISQ est confrontée au retrait d’artistes québécois très populaires, elle doit gérer cette crise bon gré mal gré.

Appuyant sa thèse, Marchand souligne qu’il est aberrant qu’on n’ait pu rendre hommage à Leonard Cohen sous prétexte qu’il ne soit pas membre de l’ADISQ. Soit. Il est encore plus aberrant que Arcade Fire n’ait été consacré par le milieu de la musique du Québec, alors que le monde célébrait sa musique.

Ainsi, parmi les solutions de sortie de crise qui s’offrent à l’ADISQ, il y a celle d’ouvrir les catégories aux artistes dont les producteurs ne sont pas membres de l’association, comme ça se fait d’ailleurs aux Junos, moyennant un montant d’inscription – aux Junos, les membres de la CARAS déboursent entre 30$ et 60$ par disque inscrit, entre 50$ et 80$ pour les non-membres. Et c’est là que ça devient intéressant.

À ce prix-là, à peu près tout le monde pourrait lancer son disque dans la course aux Félix. Les Anglos, les Richard Abel, les petits punks et les gros rappeurs. Les artistes de Musicor, mais aussi (surtout) tous ceux que tient à récompenser les organisateurs du GAMIQ, à défaut d’une véritable vitrine nationale. On s’émeut des intentions de Québécor de vouloir faire son propre gala, alors qu’on ne semble plus trop se formaliser de la tenue de la GAMIQ trois semaines avant le Gala de l’ADISQ, toujours une nécessaire opération de reconnaissance du talent local, qui plus est déterminée en partie par la voix du peuple.

Et si, en ouvrant le Gala de l’ADISQ aux non-membres, on pouvait faire de l’Autre Gala une véritable célébration de la diversité musicale québécoise? Et si ces changements de règles forçaient du coup l’ADISQ à faire le ménage dans ses catégories (pop? pop-rock? rock?) et permettre à d’autres d’être vraiment représentatives  – ex: Félix Album Électronique, trois nominations seulement… Bravo pour Numéro#, mais quid les deux autres?

Je rêve peut-être en couleurs, mais si la situation peut enfin évoluer, ce sera cette année, avant la tenue de la 32e édition du Gala de l’ADISQ. Il y a quelques années, Jean-Robert Bisaillon avait justifié la fin de l’Off-FrancoFolies en expliquant que la programmation extérieure du festival avait pratiquement intégré toutes les formations qui n’avaient droit de cité sur le pavé du centre-ville montréalais et qui garnissaient l’affiche de l’OFF. De même, le GAMIQ aura gagné lorsqu’il cessera d’exister parce que les artistes qu’on y récompense seront enfin reconnus par la grosse machine. Alors, on pourra barder de Félix Marie-Mai sur les ondes radiocanadiennes autant que Pierre Marchand le souhaitera, l’Autre Gala sera devenu véritablement représentatif de la qualité et de la diversité des musiciens d’ici.

Google Music Service: version longue

Voici la version longue du texte Google raffine la recherche de musique en ligne, publié sur La Presse/Cyberpresse, hier et aujourd’hui. De plus, je suis allé rendre visite, hier, à l’ami Michel Dumais durant son émission Citoyen Numérique, sur CIBL, pour discuter des enjeux de cette annonce. J’ajouterai le lien audio lorsque (si?) il sera disponible.

Google raffine la recherche de musique en ligne

Le moteur de recherche Google a confirmé jeudi soir dernier qu’il raffinera ses résultats de recherche spécifiques à la musique grâce Google Music Search. Pour y parvenir, le géant du web jouera les chefs d’orchestre devant une alliance d’entreprises spécialisées en contenu musical en ligne, avec la bénédiction des quatre majors de l’industrie du disque, Universal, Sony-BMG, EMI et Warner.

Les internautes états-uniens seront les premiers à pouvoir bénéficier de ces nouvelles fonctions. En résumé, lorsqu’un usager effectuera la recherche d’un artiste, d’un album ou d’une chanson sur Google, le moteur de recherche proposera, en tête des résultats, d’écouter une sélection d’enregistrements de l’artiste, des images, des clips, des informations (biographies, dates de concerts), les paroles de chansons, et même des liens pour pouvoir acheter les enregistrements.

Ainsi, pour écouter une chanson (en streaming), une petite fenêtre s’ouvrira, laquelle comportera notamment un lien vers une boutique en ligne. Ce sera une façon « simple, rapide et intuitive » de trouver de l’information et de découvrir la musique, proposant « une expérience musicale totale à même Google ».

La pertinence d’un tel service se justifie aux yeux de l’entreprise américaine parce que « les informations relatives à la musique, et même les paroles de chansons, comptent parmi les dix sujets les plus recherchés sur Google », indiquait en conférence de presse Marissa Mayer, vice-présidente aux produits de recherche de Google, qui ajoutait que Google Music Service est la suite logique des Google Images, Books et Maps déployés ces dernières années.

Ainsi, ce qui frappe d’abord dans cette annonce, c’est le nombre de joueurs impliqués dans la mise en place de ces nouvelles fonctions de recherche: MySpace (qui a récemment fait l’acquisition de l’outil iLike), LaLa.com (générateur de listes de lecture et boutique en ligne), Gracenote (qui collige l’information sur les enregistrements), Imeem (plate-forme de diffusion musicale), Pandora (webdiffuseur et outil de recommandation musicale) et Rhapsody (boutique en ligne), en plus des quatre majors.

Plusieurs interrogations subsistent suite à cette annonce, notamment la question des ententes monétaires en jeu – comment seront partagés les revenus publicitaires entre les majors?- et si une valeur est accordée à la diffusion en ligne, gratuite, des chansons autorisées. Qualifiée de « plate-forme ouverte » par les dirigeants de Google, le service de recherche spécialisé pourrait être amélioré dans l’avenir, et le géant américain envisage de rendre disponible ses nouvelles fonctions à d’autres pays.

L’alliance stratégique ravissait particulièrement ses deux principaux partenaires, MySpace et LaLa.com. Le premier, qu’on disait moribond depuis la fulgurante montée en popularité du concurrent Facebook, est déterminé à recentrer son mandat sur les services musicaux, seul élément encore pertinent de sa plate-forme. Son acquisition de l’outil iLike s’avère aujourd’hui judicieux. Quant à la boutique LaLa.com, bien conçue mais méconnue, elle profite elle aussi désormais d’une visibilité non-négligeable.

Absents de l’alliance sont les deux plus importants joueurs du commerce légal de fichiers musicaux, Apple et Amazon.com. Or, le geste de Google & associés semble surtout vouloir couper l’herbe sous le pied de Facebook, qui a récemment intégré une boutique de musique en ligne à son service de réseautage social, et surtout Microsoft, qui peine à imposer sa marque Zune sur le marché. De plus, les rumeurs lui prêtent l’intention de lancer un service de webdiffusion musicale à la carte, gratuit et illimité, à l’image de Spotify, qui se fait attendre en Amérique du Nord.

Enfin, les critiques ne manqueront pas de souligner que, malgré toutes les bonnes intentions de Google Music Service, le moteur de recherche continue d’indexer les liens vers les fichiers .torrent et autre sites de stockage de données (RapidShare, MediaFire et cie) permettant en quelques clics de télécharger, rapidement et illégalement, des albums complets…
-30-

Napster, dix ans plus tard

Le 24 septembre 2001, les tribunaux américains condamnaient Napster à verser un grand total de 36 millions $US aux créateurs et ayant-droits qu’on estimait avoir été floués par le service, pionnier du P2P, qui permettait à ses usagers de s’échanger des fichiers mp3. Évidemment, ce jugement historique a tout réglé les problèmes de l’industrie, ainsi que la suite des choses nous l’a démontré.

Trève de cynisme. Je me souviens de la première fois que j’ai eu contact avec Napster. Soirée d’amis dans le salon chez Mathieu, il avait déplacé son ordi à côté du système de son exprès pour pouvoir profiter de cette invention: le juke-box illimité! On cherchait une chanson, clic-clic-clic, et 20 minutes plus tard (wow!), elle était sur le disque dur, prête à être écoutée. Il y a dix ans, tout le monde qui profitaient du service pensaient la même chose: plus besoin d’acheter de CD.

Ça me fascine encore de me dire que les seuls qui n’avaient pas réalisé les implications de Napster – ou, plutôt, de l’invention du format mp3, au début des années ’90 – furent les gens de l’industrie de la musique. Quand même, à la décharge de celle-ci, il faut bien rappeler qu’en 1998, la RIAA avait envoyé une injonction à Diamond Multimedia pour l’empêcher de commercialiser le RIO PMP300 (le deuxième baladeur mp3 offert sur le marché) prétextant que ce genre d’appareil incitait les internautes à télécharger, illégalement, des chansons sur le web et que, par surcroit, Diamond n’avait aucune intention de rétribuer les ayant-droits. Les tribunaux californiens avaient rejeté l’injonction, et Diamond a pu vendre 200 000 exemplaires de son premier modèle (32MG de mémoire!).

Toujours est-il que pour souligner la chose (et pour faire suite avec mon précédent post), la chaîne publique américaine NPR a diffusé, durant son émission On the Media, un intéressant reportage d’une douzaine de minutes qui remet en contexte la fermeture de Napster et jette un regard sur la situation, dix ans plus tard.

Et comme on l’écrit chez Wired (où j’ai trouvé le reportage), « The future of music over the next ten years depends on finding the right mix between “free” and “paid,” [...] without asking [the fans] to subsidize the industry’s return to CD era profits. »

Donner? Non, échanger sa musique

Tout ça est la faute à Radiohead.

D »abord, étouffons le mythe: Thom Yorke et cie n’ont jamais donné l’album In Rainbows. Ils l’ont vendu, d’abord en format mp3, mais au prix fixé par l’internaute – ça pouvait être 13,99$, ça pouvait aussi être un gros zéro pointé, mais l’objectif n’était clairement pas de donner ses enregistrements, Radiohead voulant, par cette expérience socio-économique, mesurer quelle pouvait être la valeur d’un de leurs albums aux yeux de leurs fans.

Entre donner et vendre, donc, il y a une nuance qui a souvent échappé à mes collègues et qui, aujourd’hui, a fini par déteindre sur le discours de certains acteurs de l’industrie musicale dite « 2.0″.  Car la question est récurrente: donner, ou non, la musique? Sous-entendu: à quoi bon essayer de la vendre si on peut si facilement se la faire pirater? Ah, la quadrature du cercle.

C’est l’ami Pierre B.Gourde, de chez Indica, qui relançait la question avec ce texte, Partager sa musique en ligne, ce que @indicarecords propose…, publié il y a quelques jours. Un texte dont le premier mérite est de nous offrir la position du label vis à vis les enjeux technologiques qui bouleversent l’industrie du disque car, mine de rien, on ne sait trop à quelle enseigne logent les producteurs de musique d’ici face à ces enjeux (et que dire des principaux concernés, les artistes eux-mêmes?).

Que dit Pierre? D’abord, « je ne crois pas que garder un contrôle total sur la musique soit l’option idéale, mais tout donner non plus. » Prudence et sagesse même, mais surtout l’avis éclairé de celui qui tente de rallier le meilleur des deux mondes. Appelons ça, hum, la musique 1.5.

Concrètement, il suggère l’usage d’un widget pour diffuser gratuitement la musique des artistes d’Indica (c’était d’ailleurs le but de son texte, présenter l’outil) tout en les invitant à l’acheter si l’envie leur prend. Le widget est conçu par Topspin Media, firme américaine. Pierre me demande ce que j’en pense (du texte, de l’outil). Franchement, je n’en sais rien. Il fonctionne bien. Il fait ce qu’on lui demande. Il est moche, aussi (le widget, pas le texte). Tenez, le voici:

Pour acheter, il faut se farcir le formulaire, mais on l’achète directement de la boutique Indica en ligne. Bien sûr, c’est plus simple chez Apple (qui se garde 30% du montant de la transaction), pour ne nommer que le plus gros où on n’a qu’à s’inscrire une seule fois et cliquer ensuite sur le bon bouton pour acheter. Apple, où on peut d’ailleurs aussi trouver le nouveau Placard-MacBeth

L’un des patrons de Topspin met cependant en garde les producteurs: la valeur ajoutée de cette transaction, c’est l’information qu’on garde à propos de notre clientèle (et que son entreprise aussi doit garder, ne soyons pas dupes). Là dessus, il n’a pas tort. Donner? Non, échanger sa musique.  Contre un email – ça ne paye pas le loyer, convenons-en. Contre l’opportunité de mettre de la musique en streaming gratis sur son blogue. En espérant que d’autres trouvent le bouton « Acheter ». Quoi encore? Solution temporaire, pour peu qu’elle soit une solution tout court. Elles sont plusieurs, en réalité, Topspin n’est qu’une des dizaines de ces « solutions » musicales « 1.5″ (personnellement, j’ai une préférence pour le modèle de SoundCloud, j’y reviendrai bientôt), autant de sparadraps apposés sur le proverbial cancéreux.

Or, ces prochains jours promettent de faire bourdonner les analystes de tout acabit: annonce de l’alliance entre LaLa/iLike et Google, résurgence de la plate-forme MySpace qu’on croyait moribonde, arrivée promise de Spotify sur le marché nord-américain, les nouvelles vont débouler. En attendant, je salue Pierre et Indica d’essayer des affaires, et de favoriser les échanges avec les mélomanes internautes, pièce évidemment essentielle du casse-tête de la juste rétribution, via la grande toile, des créateurs.

AJOUT: Je reproduis ici un extrait du commentaire qu’à laissé Pierre B.Gourde à propos du widget d’Indica:

[...] je dois préciser que ce n’est pas TopSpin qui a monté le truc, mais plutôt Sumo (http://www.sumoindustries.com/) de Québec.
En fait, TopSpin ne prend rien qui n’ait pas un volume énorme. Même des poids-lourds d’ici qui ont une certaine envergure mondiale ne peuvent bénéficier du service TopSpin. Je me suis inspiré de leur système et de l’esprit de leur service!



Copyright © 2004–2009. All rights reserved.

RSS Feed. This blog is proudly powered by Wordpress and uses Modern Clix, a theme by Rodrigo Galindez.