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Meilleur avant: 09.09.09.

Ainsi donc, les deux sociétés Apple – Corp. et Inc. – n’ont pas profité du symbolique 9 septembre 2009 pour annoncer l’arrivée du catalogue des Beatles sur la plate-forme iTunes Store. J’en fus le premier étonné. Sincèrement, j’aurais juré que ça y était, enfin. Me suis même fendu d’un texte sur le non-évènement en question, Les Beatles toujours absents d’iTunes, pour La Presse/Cyberpresse. Encore une fois, me voilà confondu par les rumeurs, pourtant assez bien fondées cette fois, il m’a semblé.

Et alors? Après mûre réflexion, je crois maintenant plutôt qu’il est logique que l’oeuvre des Beatles ne soit pas commercialisée sur une boutique de musique en ligne. Oh!, elle le sera sûrement un jour – Yoko Ono a, en quelque sorte, officialisé la chose dans cette entrevue censurée sur la chaîne Sky One -, mais tout ça n’a plus d’importance. S’ils le font, ce sera par commodité, tout bêtement.

Voyons-y. Admettons que vous n’ayez aucun disque des Beatles et que, juste là, à l’instant, il vous prend l’envie d’écouter, disons, I am the Walrus (mais si). Je ne vous donne pas 20 secondes que vous êtes en train de l’écouter. Avec juste un peu d’imagination, vous saurez bien l’écouter, en streaming, sur plusieurs autres plates-formes. Et avec à peine moins de scrupules, vous êtes en train de la télécharger dans la résolution sonore qui vous plait, non sans, bien sûr, avoir pris soin de vous assurer qu’il s’agissait bien de la nouvelle version remasterisée de ladite chanson, bande de pirates.

C’est la quadrature du cercle de l’industrie du disque: pourquoi payer pour ce qu’on peut obtenir gratuitement? Si les Beatles étaient sérieusement intéressés à commercialiser leur catalogue en fichier musical numérique, ils auraient mis les remastered en vente sur iTunes (ou n’importe quelle autre plate-forme) au moins une semaine AVANT la sortie du coffret.

Dès vendredi dernier, soit cinq jours avant la sortie des coffrets mono et stéréo des Beatles, ceux-ci coulaient sur un pisteur torrent privé, puis rapidement sur tous les autres. On peut aussi présumer que si un « insider » n’avait pas numérisé les coffrets avant le 09-09-09, le tout premier heureux propriétaire de ces jolis et coûteux coffrets aurait lui-même passé quelques heures à ripper et téléverser ces chansons. On peut aussi croire que les mélomanes justes et bons attendront qu’iTunes ou Amazon vende enfin ces fichiers pour nourrir leur balladeur numérique (d’ailleurs, peut-être que ces albums n’étaient simplement pas encore prêts dans le nouveau format iTunes LP?).

Or, il y a plus. Il y a que ces chansons nous appartiennent déjà, collectivement. Nous connaissons tous, parfois même apprécions, l’oeuvre des Beatles. Elle est partout, on sait tous chanter au moins un de ces fameux refrains. Par extension technologique, ces chansons nous semblent nous appartenir encore davantage, puisqu’elles ne nous sont qu’à portée de clic de souris. Que reste-t-il à vendre, alors?

Certainement pas des CD, l’entité qui représente l’oeuvre des Beatles en est bien consciente. Reste à vendre un jeu vidéo qui semble assez fameux merci, The Beatles: Rock Band. Deux grosses boîtes à au moins 200$/pièces, avec de beaux livrets bien rédigés et des photos inédites. Ou encore des billets pour un spectacle du Cirque du Soleil. Et tout ce qu’ils trouveront encore à fabriquer autour du mythe des Beatles. C’est ça qu’on vend: l’occasion de participer au mythe, un mythe qui, contrairement à celui d’Elvis, est encore perçu comme « cool » et fréquentable (pardon aux fans d’Elvis). Les coffrets remasterisés, les places pour Love à Las Vegas, la belle lutherie en plastique du jeu vidéo, c’est comme acheter une brique commémorative pour la place du Centenaire du Canadien, à côté du Centre Bell. Ou avoir son nom de donateur gravé sur l’accoudoir d’un siège au Monument-National. Faire partie de l’histoire, ça coûte cher, plus cher que 12,99$.

Avant, il suffisait d’acheter le long-jeu pour s’acheter un peu de l’histoire d’un groupe, pour faire partie de ce succès. Aujourd’hui, le disque n’est plus considéré qu’un support technologique comme un autre, il ne véhicule plus cette part de mythe – je conviens que le chose soit discutable, et la présumée réémergence du format vinyle saurait malmener ma thèse – , mais au bout du compte, les mélomanes aujourd’hui considèrent davantage acheter une application « brandée » à son groupe préféré, voire une sonnerie de téléphone,  pour son iPhone qu’une chanson ou un disque.

Pour dire franchement, les gestionnaires de l’oeuvre des Beatles ont fait deux beaux coups de gestion de patrimoine en ce 9 du 9 du 9. Le premier en lançant ce jeu vidéo, le second en signifiant, par son absence obstinée de l’iTunes Store, que l’histoire d’un groupe ne se réduit plus qu’à une dizaine de disques.

Rejet de la loi Création et Internet en France: dur coup pour les majors

Rebuffade majeure pour l’industrie du disque et du cinéma: contre toute attente jeudi dernier, l’Assemblée nationale française a rejeté le texte de loi Création et Internet (aussi appelé loi Hadopi), un projet cher au gouvernement Sarkozy qui permettait de « bannir » du web les internautes pincés à partager à répétition des oeuvres protégées par la loi du droi d’auteur française (DADVSI).

Lors d’un vote qui aurait dû n’être qu’une formalité pour le projet de loi en question, celui-ci a été battu à 21 voix contre 15, ce matin, dans une parlement passablement déserté – 36 élus seulement, sur 577 – rapporte l’AFP. Défendue par l’Union pour une mouvement populaire (UMP, de droite, premier parti politique français), la loi Création et Internet a coulé grâce aux représentants des partis de gauche, qui ont fait front commun pour freiner les ardeurs des partisans de la méthode coercitive pour solutionner le piratage sur le web.

Pourtant adopté par le sénat plus tôt en matinée jeudi dernier, ce projet de loi a fait couler beaucoup d’encre en France depuis son élaboration à la suite de la mise en place de la Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet (Hadopi), l’organisme indépendant qui surveille les droits d’auteur sur le web.

Salué par l’industrie du disque, du cinéma et des jeux vidéos et appuyé par de nombreux artistes français, le projet de loi prévoyait une « riposte graduée » face au piratage sur internet, méthode rebaptisée « Three strikes » par les anglophones: à la première infraction, l’internaute recevait un avis par courriel; à la deuxième, un nouvel avis s’accompagnait d’une lettre recommandée. À la troisième infraction, les internautes fautifs se voyaient privés d’accès à l’internet pour une période qui variant de deux mois à un an. L’Hadopi peut exiger des fournisseurs d’accès internet qu’ils dévoilent l’identité des internautes associés aux adresses IP, sans devoir passer par les tribunaux.

Au cours des dernières semaines, ce projet de loi a mobilisé des artistes – Cali et Catherine Deneuve, entre autres – et les internautes français contre son adoption. Un site web, reseaudespirates.net, a même vu le jour, proposant son propre Pacte pour les Libertés Numériques, qui compte plus de 11000 signataires. « Les tentatives d’interdire les échanges sur Internet – par l’intimidation ou par le filtrage – sont vaines. Leur coût en termes de libertés publiques est inacceptable », peut-on lire sur le site.

Ondes de choc

Le résultat du vote sur la loi Clareté et Internet a vite fait le tour de la planète, jeudi dernier. Les majors du disque et du cinéma, qui fondaient beaucoup d’espoir à l’endroit de cette approche dans la lutte contre le piratage, « subissent un coup majeur », commentait le magasine Billboard.

Ainsi, la nouvelle aura d’importants échos à l’extérieur de la France, notamment aux États-Unis – le réalisateur Steven Soderbergh, vice-président de la Director’s Guild of America, s’est récemment dit ouvert à un tel projet de loi – et, surtout, en Grande-Bretagne.

Ces derniers jours, l’approche « Three strikes » avait fait réagir les observateurs de la scène musicale britannique.

Dans le coin gauche, les musiciens regroupés au sein de la Featured Artist’s Coalition (Radiohead, David Gilmour, Kaiser Chiefs, Richard Ashcroft, ils sont une cinquantaine), opposés à la criminalisation du partage de fichiers musicaux et à l’approche française.

Dans le coin droit, Paul McGuiness, manager de U2, qui a envoyé une lettre d’opinion au quotidien Guardian ouvertement favorable à la « riposte graduée » française. Reconnaissant la crise dans laquelle est plongée la « communauté musicale », McGuiness souhaite que le monde entier prenne exemple sur la loi française. « En proposant la loi Création et Internet, le gouvernement français protège les droits des artistes ainsi que ceux des internautes », écrit-il.

Pour l’heure, si le texte de la loi a été rejetté, le projet, lui, n’est pas définitivement mort. Le bureau de la ministre de la Culture Christine Albanel a annoncé que le gouvernement demanderait une seconde lecture du projet, au retour du congé parlementaire, fin avril. Selon la loi française, le texte devra préalablement être modifié avant d’être à nouveau présenté au Sénat et à l’Assemblée nationale, ce qui laisse entrevoir de longs débats.

(à venir dans La Presse/Cyberpresse, demain, samedi 11 avril 2009)



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